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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 08:52

La première fois qu’il ouvrit la porte, il ferma aussitôt les yeux. L’air était épais, empli de souvenirs et de poussière qui ne lui appartenaient pas. Il ne savait pas pourquoi il était là, devant cette maison qui n’était pas la sienne ou si peu, dans ce pays qu’il ne connaissait pas. Il n’avait la mémoire de rien, il n’avait que le devoir d’être là. On ne tourne pas le dos au devoir, sauf à être lâche ou trop orgueilleux pour vouloir s’y tenir. Il n’était ni l’un, ni l’autre, il n’avait jamais eu le temps de l’être. Sa vie, c’est dans le noir qu’il l’avait passée, au fond d’un trou mal éclairé, la torche à la main et la lampe au front, évitant les poches qui à chaque instant pouvaient exploser, pouvaient tout emporter, lui, sa chair, son cœur, et la vie qu’au dehors il se créait.

 

Il en remontait le soir, de ce trou qui devenait sa deuxième maison, serrant des mains noires de charbon comme les siennes. Ils se séparaient, étranges chouettes dans la journée. Et se retrouvaient, plus tard, pour parler de la vie qui passe sans qu’on puisse l’arrêter, de demain qui a déjà un goût d’hier, d’hier qui se fait l’aîné et le jumeau de demain.

 

Parfois l’un d’eux ne remontait pas, ou autrement. Il restait couché, pour toujours. Toujours c’est comme jamais, c’est infini.  Ca commence ici, mais où mène les toujours et les jamais ? Il ne se posait pas la question. Parfois l’un d’eux se mettait à tousser, à cracher. C’est l’or de la terre qui l’étouffait, les yeux le brûlaient, et quand ils devenaient de cette couleur qui n’appartient qu’au sang, les autres devinaient qu’il était déjà parti. Quand la vie s’enfuit, elle ne le fait pas toujours silencieusement.

 

Il n’avait pas de paysage autre que ces montagnes, et ces montagnes, jamais il n’y monterait, personne ne les descendrait, jamais la neige ne les recouvrirait. C’était pour d’autres la source de leur fortune, ou de leur chaleur. Pour lui, c’était un miracle. Au fond, il allait chercher la vie, et la donner à ceux qui l’espéraient, en petites boules noires mal cassées, mal taillées, entassées dans ces seaux qui montaient chercher la lumière. Pour lui, il n’y avait ni jour ni nuit, il ne faisait que nuit, et le soleil lui faisait peur, le faisait tituber, l’obligeant à s’appuyer aux murs de briques quand parfois il pointait ses rayons, quand parfois, par un volet entrouvert, il s’invitait.

Il n’attendait rien, n’espérait rien, n’imaginait pas qu’une autre existence puisse être possible, et s’il souffrait de la sienne, c’était tranquillement. Sans défi avec le temps. Sans désir d’un autrement. Il ne voulait rien d’autre que continuer. Il n’aurait pas renoncé. Il n’était pas curieux non plus. Il savait qu’il vivait car il respirait. 

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Published by Prune ...etc... - dans COUP DE GRISOU
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