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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 12:28

-       Baise-moi.

-       Pourquoi ?

-       Pour que je me sente vivante.

-       Je ne suis donc là que pour ça.

-       Non. Tu es là parce que je t’aime.

-       Mais tu te sens morte …

-       Morte, ou endormie, je ne sais pas.

-       L’un est triste, l’autre mélancolique.

-       Tu ne baises ni la tristesse ni la mélancolie ?

-       Je ne baise pas tes larmes, je les ai séchées d’un baiser. Je ne baise pas tes soupirs et tes silences, je les ai fait naître.

Pose ta bouche sur ma main, que je puisse y glisser mes doigts.

-       Tu ne me donnes que tes doigts ?

-       Je te donne ce que ton corps attend.

-       Il attend plus.

-       J’aimerais tellement lui donner plus. Sentir encore le grain de ta peau se réveiller sous ma caresse. Glisser mon cou dans ton souffle et l’y réchauffer. Me fondre dans sa chaleur, dans sa moiteur. M’y perdre pour mieux vivre.

-       Pourtant tu te retiens, tu ne fais rien.

-       Tu sais bien que je ne peux plus. Regarde comme j’ai froid. Touche-moi. Mes lèvres sont glacées. Mes yeux te devinent mais ne te voient plus. Mon ventre est vidé de désirs et d’envies. En asséchant ton cœur, ils ont brisé le mien.

-       Laisse-moi goûter de ma langue ce qui coule encore de toi.

-       Ces dernières gouttes, bientôt glacées, figées, comme je le suis déjà.

-       Ces dernières gouttes qui t’ont emportées m’emporteront aussi. Regarde, je tiens ta lame entre mes mains, contre mon cœur, contre ma chair. Je vais la laisser me pénétrer, avant de te rejoindre.

-       Ne fais pas ça. Tu peux vivre …

-       Oui. Allongée près de toi. Pour l’éternité.

 

Juliette s’est penchée, a embrassé une ultime fois son amant.

Quand le poignard s’est enfoncé dans son sein, elle a crié son dernier orgasme.

 

 

Extrait des Interdits de Shakespeare.

 

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Published by Prune Victor - dans LES INTERDITS
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