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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:51

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J.J. Grandville

 

 

 

Un bûcheron, viocard et pauvre comme Job, mais doté d’un battant gros comme un artichmuche, toujours prêt à obliger un plus atteint que lui, arquait difficilement sur un chemin, le dos à l’équerre sous le poids d’au moins un stère de bois dur. Sa régulière lui bonissait plus souvent qu’à son tour :
— Écoute mon Nanard que j’aime, tu m’fais mal au croupion à t’voir turbiner comme ça, puis en plus avec tes bontés on va s’retrouver raides en moins d’deux, ça va pas faire un pli ! Va donc voir un kiné.
Mais l’viocard avec ses carreaux d’cocker et son tarbouif façon rocher d’Gibraltar, lui avait rétorqué dans l’cornet gauche :
— J’suis comme ça ma Nénesse, j’suis rien qu’un pôv bosseur arthrosique et j’pourrai pas y changer grand chose à présent. Esgourde bien mi : on n’a pas d’thunes, c’est acquis, mais au moins on a du palpitant nous autres, c’est d’famille !
Puis sur son chemin, il se mit à cogiter à tout ça, à son extrême pauvreté, les impôts, les charges (URSSAF, CSG, CRDS,…), la marmaille et tout l’toutim. Il essuya son tarin qu’un torrent de larmes avait brusquement ramolli et se souffla à ses pieds : « tiens, si j’me flinguais au Beretta calibre 45 avec silencieux, c’est pas une bonne idée ça ? »
Il appela la mort. C’te vache-là rappliqua sur le champ dans d’horribles ricanements et sans porte-voix pour son porte-pipe elle lui bredouilla dans sa feuille appareillée :
— Tu veux quoi au juste, mon biquet, mmmmm ?
LA MORT ET LE BÛCHERON
— Euh… Rien… Majestouille, c’est moi qui t’ai appelée, t’es sûre ? J’ai rien esgourdé !
— Ben si, tu m’as sonné deux fois l’mironton ! T’es pas un peu loquedu, non, de m’déranger pour des dattes ?
— Oh, j’voulais juste que tu m’files un coup d’paluche pour recharger mon bois, rien de plus, parole ! Y’en a pas pour des s’maines, tu pourras te barrer juste après et vaquer à tes occupes.
— T’es louf ou quoi ? Tu chouraves mon honneur sans vergogne, là, à m’rencarder pour m’faire turbiner après dix-sept heures ! Et les trente-cinq heures hein, espèce de gougnafier sans coeur ! Tu veux pas en prime que j’t’étrangle popol derrière un bosquet tant que t’y es, non ? Tu m’prendrais pas pour une tapineuse, hein dis ?
— Pas la peine, fit l’viocard décomplexé depuis ses noces, j’suis déjà maqué à une ménesse bien en chair qui m’attend à la taule, le pétard en feu et les miches à l’horizontal, alors tu vois…
Et sur ce, la mort se tailla déçue, tandis que le bûcheron, gerbait tout son dèj (une demi biscotte (il était très pauvre) sur son alpague, vert comme une branche de persil, une grande pétoche l’agitant de la bouilloire jusqu’aux nougats.
Moralité : Si tu peux plus aller au bois, chauffe-toi au gaz !

 

Jean-Louis Azencott

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Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
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