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Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:36

 


Un poème d'Arthur Rimbaud "Rêvé pour l'hiver" mis en musique et interprété par Léo Ferré.

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 07:50

Un homme chérissait éperdument sa chatte ;
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d'un ton fort doux.
Il était plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prières, par larmes,
Par sortilèges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme, et, le matin même,

Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d'amour extrême,
De fou qu'il était d'amitié.
Jamais la dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.

il l'amadoue, elle le flatte;
Il n'y trouve plus rien de chatte,
Et poussant l'erreur jusqu'au bout,
La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques souris qui rongeaient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la femme est sur pieds.
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, femme d'être en posture
Pour cette fois, elle accourut à point ;
Car ayant changé de figure,
Les souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce,
Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli:
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer :
Quelque chose qu'on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d'étrivières,
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,

Il reviendra par les fenêtres.

 

Jean de la FONTAINE

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 17:23
QUICONQUE est loup agisse en loup,
C’est le plus certain de beaucoup.



Ce que La Fontaine a dit du loup, je le dirai volontiers du pédant. Savez-vous rien de plus lourd qu’un pédant qui veut être léger, de plus maussade qu’un pédant qui veut être gracieux ? et s’il me prenait envie de faire de l’esprit en huit pages, moi qui ai juste ce qu’il faut d’esprit pour distinguer le prétérit de l’aoriste, ne me renverriez-vous pas à mes diphtongues ?

J’aime mieux vous prévenir tout d’abord que cet article sera piquant comme un colloque de Mathurin Cordier ou comme un chapitre de Despautère. Dieu, la nature et l’Académie ont renfermé mon imagination dans ces étroites limites qu’elle ne franchira plus. Plus heureux que moi, qui ne peux me dispenser d’écrire, puisque ainsi l’a décidé un libraire trop exigeant, vous pouvez vous dispenser de me lire. Son dessin était fait, sa planche était tirée, il ne manquait plus qu’une longue et inutile élucubration à sa livraison incomplète. Eh bien ! la voici : mais vous y chercheriez inutilement un de ces portraits ingénieux auxquels vos écrivains favoris vous ont accoutumé. Si vous êtes curieux de voir le bouquiniste représenté dans une esquisse fine et originale, n’allez pas plus loin, je vous prie, et tenez-vous-en au modeste conseil de Mathieu Laensbergh : « Voyez-en la représentation ci-contre. »

L’amateur de livres est un type qu’il est important de saisir, car tout présage qu’il va bientôt s’effacer. Le livre imprimé n’existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s’accumule déjà dans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe. La civilisation est arrivée à la plus inattendue de ses périodes, l’âge du papier. Depuis que tout le monde fait le livre, personne n’est fort empressé de l’acheter. Nos jeunes auteurs sont d’ailleurs en mesure de se fournir à eux seuls d’une bibliothèque complète. Il n’y a qu’à les laisser faire.

A considérer l’amateur de livres comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile.

Le bibliophile est un homme doué de quelque esprit et de quelque goût, qui prend plaisir aux oeuvres du génie, de l’imagination et du sentiment. Il aime cette muette conversation des grands esprits qui n’exige pas de frais de réciprocité, que l’on commence où l’on veut, que l’on quitte sans impolitesse, qu’on renoue sans se rendre importun ; et, de l’amour de cet auteur absent dont l’artifice de l’écriture lui a rendu le langage, il est arrivé sans s’en apercevoir à l’amour du symbole matériel qui le représente. Il aime le livre comme un ami aime le portrait d’un ami, comme un amant aime le portrait de sa maîtresse ; et, comme l’amant, il aime à orner ce qu’il aime. Il se ferait scrupule de laisser le volume précieux, qui a comblé son coeur de jouissances si pures, sous les tristes livrées de la misère, quand il peut lui accorder le luxe du tapis et du maroquin. Sa bibliothèque resplendit de dentelles d’or comme la toilette d’une favorite ; et, par leur apparence extérieure elle-même, ses livres sont dignes des regards des consuls, ainsi que le souhaitait Virgile.

Alexandre était bibliophile. Quand la victoire eut placé dans ses mains les riches cassettes de Darius, il pouvait y renfermer les plus rares trésors de la Perse. Il y déposa les oeuvres d’Homère.

Les bibliophiles s’en vont comme les rois. Autrefois les rois étaient bibliophiles. C’est à leurs soins que nous devons tant de manuscrits inestimables dont une munificence éclairée multipliait les copies. Alcuin fut le Gruthuyse de Charlemagne, comme Gruthuyse l’Alcuin des ducs de Bourgogne. Les beaux livres de François Ier porteront aussi loin que ses monuments la renommée de ses salamandres. Henri II confiait le secret de son chiffre amoureux aux magnifiques reliures de sa librairie, comme aux somptueuses décorations de ses palais. Les volumes qui ont appartenu à Anne d’Autriche, font encore, par leur chaste et noble élégance, les délices des connaisseurs.

Les grands seigneurs et les gens notables de l’état se conformaient au goût du souverain. Il y avait alors autant d’opulentes bibliothèques que de familles à écussons et à pannonceaux. Les Guise, les d’Urfé, les de Thou, les Richelieu, les Mazarin, les Bignon, les Molé, les Pasquier, les Séguier, les Colbert, les Lamoignon, les d’Estrées, les d’Aumont, les la Vallière, ont rivalisé, presque jusqu’à nos jours, d’utiles et savantes richesses ; et je nomme au hasard quelques-uns de ces nobles bibliophiles pour m’épargner le soin fastidieux de nommer tout le monde. Nos successeurs ne seront pas si embarrassés.

Bien plus, la finance elle-même, la finance aima les livres ! elle a beaucoup changé depuis. Le trésorier Grollier influa plus à lui seul sur les progrès de la typographie et de la reliure que ne le feront jamais nos chétives médailles et nos budgets littéraires, si économes pour les lettres. Son exemple fut suivi de Zamet à Montauron, et de celui-ci à Samuel Bernard, Paris et Crevenna. Un simple marchand de bois, M. Girardot de Préfond, releva sa noblesse un peu équivoque par cet honorable emploi de l’argent, qui lui assure du moins l’immortalité des bibliographies et des catalogues. Nos banquiers n’en sont pas jaloux.

Il y a quelque temps qu’un de mes amis visitait un de ces capitalistes à millions, entre les mains desquels circulent incessamment tous les trésors de l’industrie et du commerce, pour y rentrer augmentés d’une large récolte d’or. Impatient d’échapper au faste qui l’éblouissait, il témoigna le désir de se réfugier dans la bibliothèque : « La bibliothèque ? dit le Crésus, n’allez pas plus loin, la voici. » Cette bibliothèque se réduisait en effet à un portefeuille énorme, enflé de billets de banque. « Pensez-vous, ajouta le financier avec la fatuité railleuse d’un sot qui a eu l’esprit de devenir riche, que les bibliothèques les plus célèbres du monde renferment un volume de cette valeur ? » Il n’y a rien à répondre à cette question, sinon que l’homme qui possède un pareil volume est bien malheureux de ne pas trouver du plaisir à en acheter d’autres.

Le bibliophile ne se trouve plus dans ces classes élevées de notre société progressantes (je vous demande pardon pour ce hideux participe, mais il passera, si vous voulez bien le permettre, avec le verbe progresser) ; le bibliophile de notre époque, c’est le savant, le littérateur, l’artiste, le petit propriétaire à modiques ressources ou à fortune congrue, qui se désennuie dans le commerce des livres de l’insipidité du commerce des hommes, et qu’un goût déplacé peut-être, mais innocent, console plus ou moins de la fausseté de nos autres affections. Mais ce n’est pas lui qui pourra former d’importantes collections, et trop heureux, hélas ! si ses yeux mourants s’arrêtent encore un moment sur la sienne ; trop heureux s’il laisse ce faible héritage à ses enfants ! J’en connais un, et je vous dirais son nom si je voulais, qui a passé cinquante ans de sa laborieuse existence à travailler pour se composer une bibliothèque, et à vendre sa bibliothèque pour vivre. Voilà le bibliophile, et je vous notifie que c’est un des derniers de l’espèce. Aujourd’hui l’amour de l’argent a prévalu : les livres ne portent point d’intérêt.

L’opposé du bibliophile, c’est le bibliophobe. Nos grands seigneurs de la politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d’état, nos grands hommes de lettres sont généralement bibliophobes. Pour cette aristocratie imposante que les heureux perfectionnements de la civilisation ont fait prévaloir, l’éducation et les lumières du genre humain datent tout au plus de Voltaire. Voltaire est à leurs yeux un mythe dans lequel se résument l’invention des lettres par Trismégiste, et l’invention de l’imprimerie par Guttemberg. Comme tout est dans Voltaire, le bibliophobe ne se ferait pas plus de scrupule qu’Omar de brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Ce n’est pas que le bibliophobe lise Voltaire, il s’en garde bien ; mais il se félicite de trouver en Voltaire un prétexte spécieux à son dédain universel pour les livres. A l’avis du bibliophobe, tout ce qui n’est plus brochure est déjà bouquin ; le bibliophobe ne tolère sur les tablettes négligées de son cabinet que le papier qui sue et les pages qui maculent, sauf à se débarrasser de ce fatras de chiffons humides, tribut stérile de quelques muses affamées, entre les mains du colporteur qui les paie au-dessous du poids ; car le bibliophobe reçoit l’hommage d’un livre et le vend. Je n’ai pas besoin de dire qu’il ne le lit pas et qu’il ne le paie jamais.

Il y a quelque dizaine d’années qu’un étranger, homme de génie, se trouva surpris dans un café de Paris, à la suite de son déjeuner, par un de ces désappointements ridicules auxquels les esprits profondément préoccupés sont trop sujets. Il avait oublié sa bourse, et cherchait inutilement dans son portefeuille un misérable pound égaré, quand ses yeux tombèrent, parmi les adresses éparses dans son album, sur celle de je ne sais quel seigneur suzerain d’un million d’écus, dont la porte était voisine. Il écrit au noble Turcaret, lui demande 20 francs d’emprunt pour une heure, charge un garçon de sa lettre, attend, et reçoit pour toute réponse le non inflexible du cardinal à Maynard. Un ami providentiel survient heureusement, et le tire d’embarras. Cette anecdote est jusqu’ici  trop commune pour mériter qu’on la raconte, mais elle n’est pas finie. L’homme de génie devint célèbre, ce qui arrive quelquefois au génie, et puis il mourut, ce qui arrive toujours, tôt ou tard, à tout le monde. La renommée de ses ouvrages pénétra jusque dans les salons de la Banque, et le prix de ses autographes, qui ne fut pas coté à la Bourse, fit quelque sensation dans les ventes. Je l’ai vu, ce noble et utile appel à l’urbanité française, se payer 150 fr. dans un encan où le richard l’avait furtivement glissé, pour tenter le caprice des amateurs, et je serais bien étonné si ce petit capital n’était pas triplé aujourd’hui dans des mains si discrètes et si intelligentes. Ceci prouve qu’un bienfait refusé n’est pas plus perdu qu’un autre. On sait que j’ai toujours aimé à mêler quelque trait de morale dans mes moindres historiettes.

Il est une espèce de bibliophobe auquel je puis pardonner sa brutale antipathie contre les livres, la plus délicieuse de toutes les choses du monde après les femmes, les fleurs, les papillons et les marionnettes ; c’est l’homme sage, sensible et peu cultivé, qui a pris les livres en horreur pour l’abus qu’on en fait et pour le mal qu’ils font. Tel était mon noble et vieux compagnon d’infortune, le commandeur de Valois, quand il me disait, en détournant doucement de la main le seul volume qui me fût resté (c’était, hélas ! Platon) : « Arrière, arrière, au nom de Dieu ! ce sont ces drôles-là qui ont préparé la révolution ! Aussi, ajoutait-il fièrement après avoir relevé avec quelque coquetterie le poil de sa moustache grise, je puis prendre le ciel à témoin que je n’en ai jamais lu un seul. »

Ce qui distingue le bibliophile, c’est le goût, ce tact ingénieux et délicat qui s’applique à tout, et qui donne un charme inexprimable à la vie. On oserait garantir hardiment qu’un bibliophile est un homme à peu près heureux, ou qui sait ce qu’il faudrait faire pour l’être. L’honnête et savant Urbain Chevreau a décrit merveilleusement ce bonheur, en parlant de lui-même, et je lui en fais mon compliment. Vous serez de mon avis, si vous voulez l’écouter un moment à ma place, et vous savez déjà que vous n’y perdrez pas. « Je ne m’ennuie point, dit-il, dans ma solitude, où j’ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres. On y peut trouver généralement tous les Grecs et tous les Latins, de quelque profession qu’ils aient été, orateurs, poëtes, sophistes, rhéteurs, philosophes, historiens, géographes, chronologistes, les pères de l’Église, les théologiens et les conciles. On y voit les antiquaires, les relations les plus curieuses, beaucoup d’Italiens, peu d’Espagnols, les auteurs modernes d’une réputation établie ; et le tout dans une fort grande propreté. J’y ai des tableaux, des estampes ; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers, et dans un salon, des musiciens domestiques, qui, par leur ramage, ne manquent jamais de m’éveiller, ou de me divertir dans mes repas. La maison est neuve, et bien bâtie ; l’air en est sain, et pour m’acquitter de mon devoir, j’ai trois églises à côté de mes deux portes cochères. »

Si Urbain Chevreau avait vécu du temps de Sylla, je ne sais pas trop si le sénat aurait osé proclamer Sylla le plus heureux des hommes de la terre : mais je suis porté à le croire, car il est bien probable qu’un homme comme Urbain Chevreau n’aurait pas été connu du sénat. Remarquez, en effet, que ce digne Urbain Chevreau, l’objet et le modèle de mes plus chères études, l’enchantement de mes plus agréables lectures, præsidium et dulce decus meum, a oublié ou méconnu, dans ce charmant tableau d’une existence digne d’envie, ce que sa félicité avait de plus précieux et de plus rare. Il était plus savant que les savants de son temps, qui étaient si savants ; il était plus lettré que les lettrés ; il faisait des vers qui valaient les meilleurs vers, et de la prose si pleine, si abondante et si facile, qu’on croit l’entendre quand on le lit. Que de périls à éviter ! que d’obstacles à vaincre pour être heureux ! il fut heureux parce qu’il sut se contenter de sa fortune et se passer de la gloire. On l’oublia tellement de son temps, qu’il ne fut pas de l’Académie ; mais la haine l’avait laissé en paix comme la faveur, et il mourut paisible, entre ses fleurs et ses livres, à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Que la terre soit légère au plus aimable et au plus érudit des bibliophiles, comme dit la petite phrase épicédique aujourd’hui consacrée. Mais que sont devenus ses livres, les livres si choisis et si propres d’Urbain Chevreau, dont aucun catalogue récent n’a fait mention ? C’est là une question vive, pressante, incisive, et dont on s’occupera beaucoup dans le monde social, quand le monde social ne s’occupera plus des sots non-sens de philosophie humanitaire et de méchante politique dont il est infatué.

Le bibliophile sait choisir les livres ; le bibliomane les entasse. Le bibliophile joint le livre au livre, après l’avoir soumis à toutes les investigations de ses sens et de son intelligence ; le bibliomane entasse les livres les uns sur les autres sans les regarder. Le bibliophile apprécie le livre, le bibliomane le pèse ou mesure. Le bibliophile procède avec une loupe, et le bibliomane avec une toise. J’en connais certains qui supputent les enrichissements de leur bibliothèque par mètres carrés.

L’innocente et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aiguë poussée au délire. Parvenue à ce degré fatal de paroxysme, elle n’a plus rien d’intelligent, et se confond avec toutes les manies. Je ne sais si les phrénologistes qui ont découvert tant de sottises ont découvert jusqu’ici dans l’enveloppe osseuse de notre pauvre cervelle l’instinct de collectivité, si développé dans plusieurs pauvres diables de ma connaissance. J’en ai vu un, dans ma jeunesse, qui faisait collection de bouchons de liége, anecdotiques ou historiques, et qui les avait rangés par ordre, dans son immense galetas, sous des étiquettes instructives, avec indication de l’époque plus ou moins solennelle où ils avaient été extraits de la bouteille ; exemplum ut : « M. LE MAIRE, CHAMPAGNE MOUSSEUX DE PREMIÈRE QUALITÉ ; NAISSANCE DE SA MAJESTÉ LE ROI DE ROME. » Le bibliomane doit avoir à peu près la même protubérance.

Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. Du bibliophile au bibliomane, il n’y a qu’une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane, quand son esprit décroît ou quand sa fortune s’augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l’autre. Mon cher et honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile, avant d’amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c’est-à-dire sans chaux et sans ciment, mais qu’on aurait pu aussi prendre de loin pour des tumuli gaulois. C’était, en effet, de véritables bibliotaphes. Je me souviens qu’en voyageant un jour avec lui parmi ces obélisques mal calés, et dont la prudente science de M. Lebas n’avait pas assuré l’aplomb, je m’informai curieusement d’un livre unique, dont ma respectueuse amitié s’était empressée de lui céder la possession dans une vente célèbre. M. Boulard me regarda fixement, avec cet air de bonhomie gracieuse et spirituelle qui lui était particulier ; et, frappant du bout de sa canne à pomme d’or une de ces masses énormes, rudis indigestaque moles, puis une seconde et une troisième : « Il est là, me dit-il, ou bien là, ou là. » Je frémis à l’idée que la malencontreuse plaquette avait disparu pour toujours, peut-être, sous dix-huit mille in-folio, mais ce calcul ne me dit pas négliger l’intérêt de mon salut. Les piles géantes, ébranlées dans leur équilibre incertain par le bout de la canne de M. Boulard, se balançaient sur leurs bases d’une manière menaçante, et leur sommet vibra longtemps comme la flèche légère d’une cathédrale gothique, à la volée des cloches ou aux assauts de la tempête ; j’entraînai M. Boulard, et je m’enfuis avant qu’Ossa ne fût tombé sur Pélion, ou Pélion sur Ossa. Aujourd’hui même, quand je pense que les Bollandistes ont failli s’écrouler tous à la fois, et de vingt pieds de haut, sur ma tête, je ne me rappelle pas ce péril sans une pieuse horreur. Ce serait abuser des mots que d’appeler bibliothèques ces épouvantables montagnes de livres qu’on ne peut attaquer qu’avec la sape, et soutenir qu’avec l’étançon.

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum.


Le bibliophile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste, dont nous allons parler, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d’une perle s’est trouvée dans le fumier, et plus d’un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares. Quant au bibliomane, il ne bouquine jamais, parce que bouquiner, c’est encore choisir. Le bibliomane ne choisit point, il achète.

Le bouquiniste proprement dit est ordinairement un vieux rentier ou un professeur émérite, ou un homme de lettres passé de mode, qui a conservé le goût des livres, et qui n’a pas su conserver assez d’aisance pour en acheter. Celui-là est sans cesse à la recherche de ces bouquins précieux, raræ aves in terris, que le hasard capricieux peut avoir cachés d’aventure dans la poussière d’une échoppe, diamants sans monture que le vulgaire confond avec la verroterie, et qui ne s’en distinguent qu’au regard judicieux du lapidaire. Avez-vous entendu parler de cet exemplaire de l’Imitation de Jésus-Christ, que Rousseau demandait en 1763 à son ami M. Dupeyrou, qu’il annotait, qu’il ornait de sa signature, et dont un des feuillets se trouve marqué d’une pervenche sèche, la vraie pervenche, la pervenche originale que Rousseau avait recueillie la même année sous les buissons des Charmettes ? M. de Latour est possesseur de ce bijou de modeste apparence qui ne serait pas surpayé au poids de l’or, et qui lui a coûté 75 centimes. Voilà une délicieuse conquête ! Je ne sais toutefois si je n’aimerais pas autant le vieux volume de Théagène et Chariclée, que Racine abandonna en riant à son professeur : « Vous pouvez, lui dit-il, brûler celui-là ; maintenant je le sais par coeur. » Si ce joli petit livre n’est plus sur les quais, avec la signature élégante et les notes grecques en caractères mignons qui le feront distinguer entre mille, je vous réponds qu’il y a passé. Et que diriez-vous de l’édition originale du Pédant joué de Cyrano, avec les deux scènes que vous savez, enfermées dans une large accolade, et cette simple note de Molière, griffonnée sur la marge : « Ceci est à moi. » Ce sont là les douces joies, et le plus souvent, il faut en convenir, les merveilleuses illusions du bouquiniste. Le savant M. Barbier, qui a publié tant d’excellentes choses sur les anonymes, et qui en a tant laissé à dire, avait promis une bibliographie spéciale des livres précieux ramassés pendant quarante ans sur les quais de Paris. La perte de ce manuscrit serait fort à regretter pour les lettres, et surtout pour les bouquinistes, ces habiles et ingénieux alchimistes de la littérature, qui rêvent partout la pierre philosophale, et qui en trouvent de temps en temps quelques morceaux, sans prendre grand souci de les faire enchâsser richement dans des reliures fastueuses. Le bouquiniste croit toute sa vie posséder ce que personne ne possède, et ses épaules se soulèveraient de pitié devant l’écrin du grand Mogol ; mais le bouquiniste a de puissantes raisons pour ne pas relever ses richesses de la vaine apparence d’une richesse étrangère, et il déguise son motif secret sous un prétexte assez spécieux. « La livrée de l’âge, dit-il, sied aux vieilles productions de la typographie, comme la patine au bronze antique. Le bibliophile qui envoie ses livres à Bauzonnet ressemble à un numismate qui ferait dorer ses médailles. Laissez le vert-de-gris à l’airain, et le cuir éraillé aux bouquins. » Ce qu’il y de vrai au fond de tout cela, c’est que les reliures de Bauzonnet sont fort chères, et que le bouquiniste n’est pas riche. N’enluminez pas la beauté d’un fard presque sacrilége, et n’abandonnez pas les livres aux opérations dangereuses de la restauration, quand ils peuvent s’en passer, mais croyez fermement qu’aux livres comme aux belles, la parue ne nuit en rien.

Le nom du bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste l’amateur qui cherche des bouquins, et le pauvre libraire en plein air qui en vend. Autrefois, le métier de celui-ci n’était pas sans considération et sans avenir. On a vu le marchand de bouquins s’élever du modeste étalage de la rue, ou de la frileuse exposition d’une échoppe nomade, jusqu’aux honneurs d’une petit boutique de six pieds carrés. Tel fut naguère ce Passard dont la mémoire vit peut-être encore dans la rue du Coq. Et qui pourrait avoir oublié Passard, avec ses cheveux coupés de près, sa courte queue en trompette, son gros oeil fauve et saillant, et le petit oeil bleu enfoncé qu’un jeu bizarre de la nature avait opposé à l’autre, pour que le signalement de Passard n’eût rien à envier à son caractère en originalité excentrique ? Lorsque Passard, l’angle droit de sa bouche relevé par une légère convulsion sardonique, était en humeur de parler ; quand son petit oeil bleu commençait à pétiller d’un feu malin qui n’enflammait jamais son gros oeil éteint, vous pouviez vous attendre à voir se dérouler devant vous toute la chronique scandaleuse de la politique et de la littérature pendant quarante années historiques. Passard, qui avait colporté, sous le bras, sa boutique ambulante, du passage des Capucines au Louvre, et du Louvre à l’Institut, avait tout vu, tout connu, tout dédaigné du haut de son orgueil de bouquiniste. Et cependant Passard n’était pas l’homme d’Horace, dicendi bona mala locutus ; il n’en était que la moitié. La mémoire de Passard ne se rappelait que le mal ; mais, avec quelle verve ironique, et quelquefois éloquente, il stigmatisait de son mépris les noms les plus illustres, c’est ce qu’il faut avoir entendu pour le croire. » Mirabeau cependant ? lui dis-je timidement un jour. – Mirabeau, me répondit fièrement Passard en se campant sur le pied droit, était un stupide polisson. » Je me hâte de déclarer, pour l’acquit de ma conscience, que ceci ne prouve rien, si Passard ne connaissait pas mieux les hommes qu’il ne connaît les livres. Ce qu’il y a d’incontestable pour les bouquinistes amateurs qui l’ont visité si souvent, c’est que sa conversation était beaucoup plus curieuse que ses bouquins.

J’ai cité Passard, bouquiniste obscur dont le nom ne brillera jamais dans une biographie ; Passard, qui est, selon toute apparence, le Brutus, le Cassius, le dernier des bouquinistes. Le bouquiniste des ponts, des quais et des boulevards, pauvre créature équivoque, anomale, étioalée, qui ne vit plus qu’à demi de ses bouquins méconnus, est tout au plus l’ombre du bouquiniste : le bouquiniste est mort.

Cette grande catastrophe sociale, la mort du bouquiniste, était un des résultats infaillibles du progrès : douce et innocente superfétation de la bonne littérature, le bouquiniste devait finir avec elle. Dans cet âge d’ignorance auquel nous avons eu le bonheur d’échapper, le libraire était, en général, un homme capable d’apprécier ses publications, qui les faisait imprimer sur un bon papier solide, élastique et sonore, et qui les faisait recouvrir, quand elles en valaient la peine, d’un bon cuir imperméable, assujetti par une bonne colle et par une bonne couture. Si le livre tombait par hasard dans le domaine du bouquiniste, il n’était pas perdu pour cela. Basane, veau ou parchemin, sa reliure brûlée et racornie aux feux du soleil, imbibée, détendue et ramollie par les averses, revêtue par le vent d’une couche épaisse de poussière qui devient de la boue quand il pleut, protégeait longtemps encore, sous un abri fort disgracieux au regard, les visions du philosophe ou les rêveries du poëte. Aujourd’hui, ce n’est plus cela. Le libraire du progrès sait que la gloire viagère des livres qu’il publie n’a guère plus de durée probable que la vie des moucherons du fleuve Hypanis, et qu’à peine baptisée par la réclame, elle sera enterrée dans trois jours avec le feuilleton. Il couvre d’un papier jaune ou vert son papier blanc noirci d’encre, et il abandonne le spongieux chiffon à toutes les intempéries des éléments. Un mois après le honteux volume gît dans les caisses de l’étalagiste, à la merci d’une belle pluie matinale. Il s’humecte, s’abreuve, se tord, se marbre çà et là de larges zônes mordorées, retourne peu à peu à l’état de bouillie dont il est sorti, et n’a presque plus de préparation à subir pour tomber sous le pilon du cartonnier. L’histoire des livres du progrès est tout entière là-dedans.

Le bouquiniste aux vieux et nobles bouquins n’a rien de commun avec ce triste marchand de papier mouillé qui étale, en haillons moisissants, quelques lambeaux de livres nouveaux. Le bouquiniste est mort, vous dis-je, – et quant aux brochures qui ont remplacé ses bouquins, il n’en restera pas de souvenir dans vingt ans. On peut bien m’en croire, car j’y suis pour trente volumes.

Et puis faites-moi la grâce de me le dire, si vous le savez, que restera-t-il dans vingt ans ?      

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 17:03

Il est un jeu divertissant sur tous,
Jeu dont l’ardeur souvent se renouvelle ;
Ce qui m’en plaît, c’est que tant de cervelle
N’y fait besoin, et ne sert de deux clous.
Or, devinez comment ce jeu s’appelle.
Vous y jouez, comme aussi faisons-nous :
Il divertit et la laide et la belle :
Soit jour, soit nuit, à toute heure il est doux ;
Car on y voit assez clair sans chandelle.
Or, devinez comment ce jeu s’appelle.
Le beau du jeu n’est connu de l’époux ;
C’est chez l’amant que ce plaisir excelle :
De regardants, pour y juger des coups,
Il n’en faut point, jamais on n’y querelle.
Or devinez comment ce jeu s’appelle.
Qu’importe-t-il ? Sans s’arrêter au nom,
Ni badiner là-dessus davantage,
Je vais encor vous en dire un usage,
Il fait venir l’esprit et la raison.
Nous le voyons en mainte bestiole.
Avant que Lise allât en cette école,
Lise n’était qu’un misérable oison.
Coudre et filer, c’était son exercice ;
Non pas le sien, mais celui de ses doigts ;
Car que l’esprit eût part à cet office,
Ne le croyez ; il n’était nuls emplois
Où Lise pût avoir l’âme occupée :
Lise songeait autant que sa poupée.
Cent fois le jour sa mère lui disait :
Va-t’en chercher de l’esprit, malheureuse.
La pauvre fille aussitôt s’en allait
Chez les voisins, affligée et honteuse,
Leur demandant où se vendait l’esprit.
On en riait ; à la fin l’on lui dit :
Allez trouver père Bonaventure,
Car il en a bonne provision.
Incontinent la jeune créature
S’en va le voir, non sans confusion :
Elle craignait que ce ne fût dommage
De détourner ainsi tel personnage.
Me voudrait-il faire de tels présents,
À moi qui n’ai que quatorze ou quinze ans ?
Vaux-je cela ? disait en soi la belle.
Son innocence augmentait ses appas :
Amour n’avait à son croc de pucelle
Dont il crût faire un aussi bon repas.
Mon Révérend, dit-elle au béat homme,
Je viens vous voir ; des personnes m’ont dit
Qu’en ce couvent on vendait de l’esprit :
Votre plaisir serait-il qu’à crédit
J’en pusse avoir ? non pas pour grosse somme ;
À gros achat mon trésor ne suffit ;
Je reviendrai, s’il m’en faut davantage ;
Et cependant prenez ceci pour gage.
À ce discours, je ne sais quel anneau,
Qu’elle tirait de son doigt avec peine,
Ne venant point, le père dit : Tout beau ;
Nous pourvoirons à ce qui vous amène,
Sans exiger nul salaire de vous :
Il est marchande et marchande, entre nous :
À l’une on vend ce qu’à l’autre l’on donne.
Entrez ici, suivez-moi hardiment ;
Nul ne nous voit, aucun ne nous entend :
Tous sont au chœur ; le portier est personne
Entièrement à ma dévotion.
Et ces murs ont de la discrétion.
Elle le suit ; ils vont à sa cellule.
Mon Révérend la jette sur un lit,
Veut la baiser ; la pauvrette recule
Un peu la tête ; et l’innocente dit :
Quoi c’est ainsi qu’on donne de l’esprit ?
— Et vraiment oui, repart Sa Révérence ;
Puis il lui met la main sur le téton.
Encore ainsi ? — Vraiment oui ; comment donc ?
La belle prend le tout en patience :
Il suit sa pointe, et d’encor en encor
Toujours l’esprit s’insinue et s’avance,
Tant et si bien qu’il arrive à bon port.
Lise riait du succès de la chose.
Bonaventure à six moments de là
Donne d’esprit une seconde dose.
Ce ne fut tout, une autre succéda ;
La charité du beau père était grande.
Eh bien, dit-il, que vous semble du jeu ?
— À nous venir l’esprit tarde bien peu,
Reprit la belle ; et puis elle demande :
Mais s’il s’en va ? — S’il s’en va ? nous verrons ;
D’autres secrets se mettent en usage.
— N’en cherchez point, dit Lise, davantage ;
De celui-ci nous nous contenterons.
— Soit fait, dit-il, nous recommencerons
Au pis aller, tant et tant qu’il suffise.
Le pis aller sembla le mieux à Lise.
Le secret même encor se répéta
Par le pater ; il aimait cette danse.
Lise lui fait une humble révérence,
Et s’en retourne en songeant à cela.
Lise songer ! quoi ? déjà Lise songe !
Elle fait plus, elle cherche un mensonge,
Se doutant bien qu’on lui demanderait,
Sans y manquer, d’où ce retard venait.
Deux jours après, sa compagne Nanette
S’en vient la voir : pendant leur entretien
Lise rêvait : Nanette comprit bien,
Comme elle était clairvoyante et finette,
Que Lise alors ne rêvait pas pour rien.
Elle fait tant, tourne tant son amie,
Que celle-ci lui déclare le tout :
L’autre n’était à l’ouïr endormie.
Sans rien cacher, Lise de bout en bout,
De point en point, lui conte le mystère,
Dimensions de l’esprit du beau père,
Et les encore, enfin tout le phébé.
Mais vous, dit-elle, apprenez-nous de grâce
Quand et par qui l’esprit vous fut donné.
Anne reprit : Puisqu’il faut que je fasse
Un libre aveu, c’est votre frère Alain
Qui m’a donné de l’esprit un matin.
— Mon frère Alain ! Alain ! s’écria Lise,
Alain mon frère ! ah ! je suis bien surprise ;
Il n’en a point, comme en donnerait-il ?
— Sotte, dit l’autre, hélas ! tu n’en sais guère :
Apprends de moi que pour pareille affaire
Il n’est besoin que l’on soit si subtil.
Ne me crois-tu ? sache-le de ta mère ;
Elle est experte au fait dont il s’agit ;
Si tu ne veux, demande au voisinage ;
Sur ce point-là l’on t’aura bientôt dit :
Vivent les sots pour donner de l’esprit !
Lise s’en tint à ce seul témoignage,
Et ne crut pas devoir parler de rien.
Vous voyez donc que je disais fort bien
Quand je disais que ce jeu-là rend sage.

 

 

biblio2-copie-1.jpg©Manuel Robbe - 1906

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 14:31

Il n’avait plus une cigarette et c’était dimanche : tous les tabacs étaient fermés.

 

C’était la première fois, de mémoire de poumons, que ça lui arrivait. Prévoyant, il avait toujours un ou deux paquets d’avance, pour éviter de tomber « en rade ». Il se moquait par ailleurs facilement de certains de ses amis, manifestant une angoisse marquée de sueurs froides lorsque la dernière cigarette était allumée, et le plus proche buraliste à plus d’une heure de trajet. Il se moquait encore plus de cet état d’agitation dans lequel ils semblaient sombrer, allant de la nervosité mal contrôlée à la panique débordante.

 

Il regarda sa montre. Il était à peine 20h. 20h déjà, pensa t’il en souriant. Comme il se couchait par habitude entre minuit et une heure du matin, chaque jour quoi qu’il se passe, il calcula qu’il lui restait quatre, cinq heures maximum sans fumer avant de dormir. Demain, il éviterait d’y penser.

Il allait d’ailleurs dès maintenant éviter de penser à demain.

Dès maintenant.

Et il tenta de l’ordonner à son cerveau, cherchant un subterfuge pour détourner sa pensée.

Demain matin…La douche. Le café. La cl… Non. Penser à autre chose. Tout de suite. Concevoir demain matin allait le stresser. Mais il n’aurait pas de cigarettes pour se détendre.

 

Par acquis de conscience tout autant que par doute, et ne le cachons pas, vain espoir, il reprit le paquet posé sur la table, et l’ouvrit, regardant à l’intérieur, le retournant, comme un magicien prêt à prouver qu’aucun lapin n’est dans le chapeau. De lapin, comme de tabac, il n’y en avait pas. Il écrasa dans le creux de sa main ce vestige et alla le jeter dans la poubelle, l’éloignant ainsi de son regard et – espéra-t-il – de ses envies.

Il sentait monter en lui une démangeaison, comme une invasion de fourmis qui grimpaient le long de sa jambe, s’emparaient de son bras, entraînant des mouvements saccadés, étrange  danse de Saint Gui dominicale. 

Bien sûr il savait d’où venait cette agitation. Il était à peine 20h30, et il était indéniable que le manque de nicotine se faisait déjà sentir. Personne ne fumait dans l’immeuble, pas la peine de sonner chez un voisin. Cherchant par tous les moyens à s’occuper, il entreprit alors de faire ce qu’il repoussait depuis … trop longtemps déjà, et armé aussi sec d’une éponge et d’une serpillière, il s’attaqua au ménage. Drôle de moment pour le faire me direz-vous, mais comment tromper son corps, si ce n’est en lui fournissant une autre activité ?

Et puisque sa copine l’avait quitté – il y a peu de temps- ce n’est certainement pas en baisant qu’il allait se changer les idées.

La garce.

21h 30.

21h 30 dimanche soir, une heure et demi sans fumer, la pression montait.

Oui, il était accro, et alors ? Si certains savaient résister ou conserver leur calme, il avait encore le droit d’être lui-même, et de s’énerver. D’ailleurs, se dit-il en nettoyant avec rage un cendrier, d’ailleurs ce n’est pas le manque de cigarette, c’est cette salope qui me met dans cet état. Me planter comme ça, moi qui l’aimais. Mais ça ne lui suffisait pas, oh non, madame voulait plus, madame voulait être une princesse…

 

Il saisit un autre cendrier, vide, mais toujours sale. Avant de le laver, il le renifla. Il avait toujours trouvé l’odeur du tabac froid désagréable. Cette fois, ce ne fut pas le cas. Ses pupilles se dilatèrent, ses narines se remplirent de cette odeur. Il éloigna le cendrier de ses yeux, le rapprocha à nouveau, le posa…et comme un forcené, se précipita sur la poubelle.

Des mégots. Comment avait-il pu ne pas y penser avant ? Des mégots, bien sûr, qu’il allait décomposer, recomposer, se faire une tige, une sèche…une rien du tout.

22h30.

La poubelle était renversée sur le sol de la cuisine. Comme un chien grattant un terrier, il fouillait dedans. Et plus il fouillait, plus il était désespéré. Il n’y avait rien à y trouver. Et il se souvint de son propre geste, la veille, quand il avait jeté sa soupe japonaise, détestant depuis toujours tout forme de bouillon. Le liquide avait tout imprégné, et le peu de tabac qu’il trouvait sentait le sushi et s’était changé en bouillie collante.

 

Assis en tailleur, la tête entre les mains, il se mit à pleurer. Il était 23h. Il était condamné. Jusqu’à demain. A attendre. Et il n’en avait pas la force.

 

Pour tout un chacun, la situation aurait pu sembler grotesque. Tout un chacun avait la chance d’être ailleurs. Emettre à l’instant une telle opinion l’aurait précipité en enfer. La colère, la fureur montaient, les gestes n’étaient plus contrôlés. Il se leva, envoyant un dernier coup de pied dans le tas de saletés répandu au sol.

Boire, pour oublier, c’était peut-être la solution.

Boire, maintenant.

Pour oublier la clope, et la salope qui l’avait quitté.

Clope et salope, voilà qu'il faisait dans la rime, en victime anonyme.

Boire.

Un verre.

Tremblant, il en prit un, mais le laissa tomber aussi vite. Marchant sur les débris, il en prit un autre, saisit la bouteille de whisky, et remplit son verre sans laisser la moindre place pour la glace.

Un verre pour oublier, un autre pour s’abrutir, un autre pour ne plus penser, un dernier pour fumer…..fumer…Fumer comment le faire ? Minuit sonnait, il n’avait rien à fumer, il avait retourné ses poches, ouvert tous les placards, renversé chaque tiroir, mais il n’avait rien trouvé. Un verre encore, pour tuer le dernier espoir, demain pas de café, c’est au tabac qu’il se précipiterait, la salope s’était barrée, il fallait fumer pour se calmer, fumer, rien à fumer, et le briquet qui le narguait…

 

Un bruit, dans la rue, des passants, qui riaient, peut-être eux avaient-ils une cigarette, une seule, s’il vous plaît messieurs, regardez-moi, je suis là-haut, je tends le bras, vous êtes bien bas, vous auriez une cigarette, s’il vous plaît, aidez-moi…

 

 

A 00h24, trois hommes durent s’arrêter net sur un trottoir.

L’un hurla, le deuxième détourna la tête, le troisième se mit aussitôt à vomir. Un corps venait de tomber à leurs pieds.

Alertés par les cris, des lumières s’allumèrent aux fenêtres.

Les secours furent sur place en moins de dix minutes. Le temps de fumer une cigarette, pensa la concierge de l’immeuble, qui avait assisté à la scène, derrière le rideau de sa fenêtre.

Elle retourna regarder la télé. Elle s’était doutée que ça finirait ainsi. Se suicider par amour, quel gâchis. Le cendrier était plein. Elle le vida, l’essuya proprement, éteint la lumière, et alla se coucher.

Demain, elle aurait sans doute un appartement à nettoyer. Pas facile tous les jours, mais c’est pour ça qu’elle était payée.

 

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 17:46

 

- Tu es perdue ?

 - Non, je me repose un peu.

- Tu me le dirais si tu étais perdue ?

- Je ne sais pas, on ne se connaît pas. Et tu as une drôle de tête. Oui, tu as une tête très amusante. Mais tu ne te coiffes jamais ?

-  Me coiffer ? A quoi ça sert de se coiffer ?

- Ca sert … ça sert à avoir l’air bien élevé. A avoir une jolie allure. A ne pas passer pour un va-nu-pieds.

-  Ah. Ca t’a aidée, toi, d’être coiffée ?

-  Non, en fait ces derniers temps, pas beaucoup. Même devant la Reine.

-  La Reine ? Tu as vu une reine ?

-  Oui, dans son jardin. Mais une vilaine reine. Une reine très cruelle. Alors il a fallu que je parte et que je coure, très longtemps.

 - Donc, maintenant tu es perdue.

- Tu m’ennuies. Je te dis que je ne suis pas perdue, je me repose. De toute façon avec toi je n’irai nulle part. Tu es trop sale, tu t’agites dans tous les sens, et tu es trop curieux. Et arrête de voler comme ça autour de moi. C’est très mal élevé. Ta maman ne te l’a jamais dit ?

- Je n’ai plus de maman.

- Oh c’est triste. Tu es triste ?

- Non, pas très. Je n’ai pas le temps. Tu sais, j’ai des journées très remplies. J’ai beaucoup d’autres enfants qui comptent sur moi. Et puis y’a cet idiot de capitaine qui n’aime pas les plaisanteries et qui cherche toujours à se battre avec moi.

 - Il joue au croquet ?

- Qu’est-ce que tu racontes ? Un pirate ça ne joue pas au croquet. T’es vraiment une fille, ça réfléchit pas les filles. Ca met des rubans et ça fait la coquette, mais ça ne réfléchit jamais, ça ne sait ni faire des plans, ni construire des cabanes.

- Dis, je ne t’ai rien demandé. C’est toi qui viens me parler, et en plus tu es grossier maintenant. Oh, tu peux bien me tourner le dos, et prendre ce petit air arrogant en croisant les bras, je m’en moque. Et j’étais là avant, je ne bougerai pas.  

-  Regarde-toi. C’est toi qui croises les bras et me tourne le dos…

-  Où voulais-tu m’emmener ?

-  Chez moi, dans mon pays.  

-   Il est grand, ton pays ?

-  Plus grand que tu n’es capable de l’imaginer. Et rempli de surprises, tellement que tu ne peux y croire.

-  Tu sais, il n’y a plus grand chose pour me surprendre, maintenant. 

-  Alors tu pourrais venir avec moi. Je te montrerai où s’endorment les sirènes.

-  Tu en connais ?

- Oui. Je connais aussi des indiens qui chantent quand la lune se réveille. Je connais une fée qui apprend à voler. Et des enfants qui chassent les animaux sauvages et aiment qu’on leur raconte des histoires.

-  Je connais beaucoup d’histoires. J’ai beaucoup d’aventures à raconter.

-  Ce ne sont pas des histoires d’amour ? Je n’aime pas les histoires d’amour.

- Tu ne m’écoutes pas ! Je te dis que ce sont des aventures. Et je veux bien vous les raconter, à toi, et aux autres enfants.

- Alors je vais te prendre par la main, et nous allons y aller. Tiens, regarde, un lapin blanc à l’air bien pressé !

- Oui, il est en retard. Ne lui parle pas, il ne prendra pas le temps de te répondre. Avant que nous partions en voyage, tu veux un gâteau ?

 

 

Comme il était gourmand, Peter prit le biscuit qu’Alice lui tendait. Il ferma les yeux pour le gouter. Quand il les rouvrit, il essaya de se rappeler où il devait aller. Mais il avait oublié le pays imaginaire.

La fillette lui tenait la main, et avait l’air désappointé.

 

-  Monsieur, n’auriez-vous pas vu passer un lapin blanc ?

 

 

 

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 15:14

Aurélie de Faucamberge tint salon de 1915 à 1948 (année de son décès) au 20 rue du Printemps, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Se consacrant à l’aide et la défense de jeunes poètes, elle y recevait gens de lettres, d’arts et du monde.

Ainsi l’on pouvait y croiser, par exemple, Jean Cocteau, Max Jacob, Guillaume Apollinaire.

Elle avait pour époux Alfred Mortier, qui succéda à son sans doute regretté défunt premier mari, le peintre Cyrille Besset.

En 1924, elle publie un essai, ce qui n’est pas son seul ouvrage, Le Drame d’être deux, texte à quatre mains dont les deux autres se trouvent être celles de Han Ryner. Quant à l’élaboration de cet essai, elle la narre dans son journal, dont la Corne de Brume, dans son numéro 5 parue en octobre 2008, rapporte des extraits.

 

Femme de lettres, féministe, est-ce pour celui-ci ou celui-là de ses attributs qu’elle n’eut pas l’heur de plaire au misanthrope misogyne qu’était Paul Léautaud ? L’évidence en tout cas est qu’il ne la portait ni dans son cœur ni en haute estime. Aussi, lorsqu’il prit pour compagnie une oie, qui vint s’installer à Fontenay aux côtés des chiens, chats et autre guenon bien-aimés de l’écrivain, il donna au volatile le nom de celle dont il se moquait.

 

On en conclura aisément que Léautaud portait attention à l’esprit de l’oie.

 

 

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 12:28

-       Baise-moi.

-       Pourquoi ?

-       Pour que je me sente vivante.

-       Je ne suis donc là que pour ça.

-       Non. Tu es là parce que je t’aime.

-       Mais tu te sens morte …

-       Morte, ou endormie, je ne sais pas.

-       L’un est triste, l’autre mélancolique.

-       Tu ne baises ni la tristesse ni la mélancolie ?

-       Je ne baise pas tes larmes, je les ai séchées d’un baiser. Je ne baise pas tes soupirs et tes silences, je les ai fait naître.

Pose ta bouche sur ma main, que je puisse y glisser mes doigts.

-       Tu ne me donnes que tes doigts ?

-       Je te donne ce que ton corps attend.

-       Il attend plus.

-       J’aimerais tellement lui donner plus. Sentir encore le grain de ta peau se réveiller sous ma caresse. Glisser mon cou dans ton souffle et l’y réchauffer. Me fondre dans sa chaleur, dans sa moiteur. M’y perdre pour mieux vivre.

-       Pourtant tu te retiens, tu ne fais rien.

-       Tu sais bien que je ne peux plus. Regarde comme j’ai froid. Touche-moi. Mes lèvres sont glacées. Mes yeux te devinent mais ne te voient plus. Mon ventre est vidé de désirs et d’envies. En asséchant ton cœur, ils ont brisé le mien.

-       Laisse-moi goûter de ma langue ce qui coule encore de toi.

-       Ces dernières gouttes, bientôt glacées, figées, comme je le suis déjà.

-       Ces dernières gouttes qui t’ont emportées m’emporteront aussi. Regarde, je tiens ta lame entre mes mains, contre mon cœur, contre ma chair. Je vais la laisser me pénétrer, avant de te rejoindre.

-       Ne fais pas ça. Tu peux vivre …

-       Oui. Allongée près de toi. Pour l’éternité.

 

Juliette s’est penchée, a embrassé une ultime fois son amant.

Quand le poignard s’est enfoncé dans son sein, elle a crié son dernier orgasme.

 

 

Extrait des Interdits de Shakespeare.

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 21:01

Il y a encore quelques temps, c’était un désert où tentait de naître une oasis peu luxuriante. Régulièrement, les arbustes qui y poussaient semblaient arrachés, emportés par le vent ou par la main d’une déesse trop peu priée. Les saisons passaient, parfois sèches, parfois humides. Dans cette partie du monde les inondations étaient rares, les visites et les séjours peu fréquents. Un touriste parfois s’arrêtait. Allongés près des maigres buissons, ils ne prenaient plaisir ni à leur ombre, ni à leur toucher. Trop courts, trop sauvages, comme des résineux ils devenaient piquants. Le touriste repartait, et si de son voyage il conservait un bon souvenir, aucun ne prit la peine de vouloir entretenir cette végétation timide et malingre, cette terre qui se protégeait par son aridité.

Un jour, un étranger s’y arrêta. Son chemin ne pouvait aller plus loin à l’instant. Il souffrait, non de maladie, non d’amour, mais des pieds. C’était ainsi et c’était sa plus grande souffrance. Sans ses pieds, il ne pouvait aller nulle part. Et s’il ne pouvait avancer, il se sentait mourir.
Il se déchaussa, ôta ses chaussettes, s’assit et glissa ses orteils, puis la plante jusqu’au talon, dans le sable chaud et accueillant. C’était comme une caresse, entre souffle et baiser.
Il avait chaud. Il se déshabilla entièrement.
Allongé sur cette couverture ocre, il ferma les yeux comme s’il trouvait du repos sur un vaste duvet. Son corps s’enfonça lentement, les grains de sable y trouvaient une place. Sur son ventre, dessinant des spirales, sur son cou, légers comme la tendresse, entre ses cuisses, sable curieux et indiscret. Il se détendait sans s’endormir. Ce contact inconnu et soudain si naturel le fit soupirer.

Il ne l’avait pas encore vu. Près de son ventre se tenait un arbuste, un de ces arbustes bien fragiles. Touché à sa vue, il tendit la main vers lui, le caressa, le flatta du tronc à la racine. L’arbuste, surpris, voulut se cacher. Mais l’étranger aimait soudain cette nature sauvage et mal connue. Il lui parla, lui contant l’histoire de ces forêts tropicales à l’abri desquelles on se pose et se repose. Blotti à l’ombre de leurs feuillages, on perçoit la rosée matinale, on prend l’eau qui jaillit de ses sources, on y plonge à deux mains pour mieux la boire, pour mieux la savourer, la laissant couler des lèvres à la bouche grande ouverte. On croque ses fruits, leur jus fruité et sirupeux nourrissant les plus assoiffés, les plus affamés.

L’arbuste devenait docile, apaisé par les mots et les caresses de l’étranger.
Quand la nuit finit par tomber, l’homme qui n’était plus si étranger ferma à nouveau les yeux, posant sa bouche sur le tronc si maigre. Il resta ainsi longtemps. Il trouvait le calme dont il avait besoin.
Au matin, plus vigoureux, il sentit le sable le caresser encore. Ses lèvres s’écartèrent de l’arbuste, il se retourna, plaquant son torse contre cette chaleur terrestre, et repris l’arbuste contre sa bouche. Le long de sa langue de la salive se mit à perler, et avec ses gouttes, il donna à boire à l’arbuste. Le sable s’enroulait autour de lui, il s’y enfonçait, pénétrant ce territoire inconnu sans crainte, comme le voyageur qui retrouve enfin sa maison. Se soulevant légèrement, il se laissa retomber, pour aller encore plus loin au creux de la dune.

Il resta ainsi plusieurs jours et plusieurs nuits. La lune venait puis se cachait, sans jamais être loin. Des doigts il aurait pu la toucher, mais il hésitait encore à le faire.
Un matin pourtant, alors qu’elle ne lui envoyait plus que son ombre, il tendit la main. Elle se lova dans cette paume accueillante, se donnant complètement, nue et rassurée.
Ses yeux s’ouvrirent enfin. L’arbuste avait grandi, s’était étoffé, s’était modifié. Ce n’était plus un arbuste mais des buissons entiers contre lesquels se tenait son visage. Il enfouit son visage à l’intérieur de cette étrange forêt et goûta les premières rosées qui lui étaient offertes. Il sentit leur caresse, et elle lui rappela le velours soyeux d’autrefois. Il tendit la langue, reçut complètement l’offrande qui lui était faite. Son corps avait épousé le sable.

Il était entré en terre inconnue. Il l’avait apprivoisée, lui rendant sa beauté naturelle et rassurée. Et il s’y installa …

 

 

(daté du milieu du XIVe siècle)

 

 

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 16:21

 

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Gerard SCHLOSSER

 

 

 

 

Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c'est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu'il fasse mourir !

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