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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 12:34

 

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J'ai peu vécu de la vie terrestre, où j'étais noir. Noir entièrement, sans tâche blanche au poitrail, ni étoile blanche au front. Je n'avais même pas ces trois ou quatre poils blancs, qui poussent aux chats noirs dans le creux de la gorge, sous le menton. Robe rase, mate, drue, queue maigre et capricieuse, l'oeil oblique et couleur de verjus, un vrai chat noir.

Mon plus lointain souvenir remonte à une demeure où je rencontrai, venant à moi du fond d'une salle longue et sombre, un petit Chat blanc; quelque chose d'inexplicable me poussa au-devant de lui, et nous nous arrêtâmes nez à nez. Il fit un saut en arrière, et je fis un saut en arrière en même temps. Si je n'avais pas sauté ce jour-là, peut-être vivrais-je encore dans le monde des couleurs, des sons et des formes tangibles.

Mais je sautais, et le Chat blanc crut que j'étais son ombre noire. En vain j'entrepris, par la suite, de le convaincre que je possédais une ombre bien à moi. Il voulait que je ne fusse que son ombre, et que j'imitasse sans récompense tous ses gestes. S'il dansait je devais danser, et boire s'il buvait, manger s'il mangeait, chasser son propre gibier. Mais je buvais l'ombre de l'eau, et je mangeais l'ombre de la viande, et je me morfondais à l'affût sous l'ombre de l'oiseau...

Le Chat blanc n'aimait pas mes yeux verts, qui refusaient d'être l'ombre de ses yeux bleus. Il les maudissait, en les visant de la griffe. Alors je les fermais, et je m'habituais à ne regarder que l'ombre qui règnait derrière mes paupières.

Mais c'était là une pauvre vie pour un petit Chat noir. Par les nuits de lune je m'échappais et je dansais faiblement devant le mur blanc, pour me repaître de la vue d'une ombre mienne, mince et cornue, à chaque lune plus mince, et encore plus mince, qui semblait fondre..

C'est ainsi que j'échappai au petit Chat blanc. Mais mon évasion est une image confuse. Grimpai-je le long du rayon de lune ? Me cloîtrai-je à jamais derrière mes paupières verrouillées ? Fus-je appelé par l'un des chats magiques qui émergent du fond des miroirs ? Je ne sais. Mais désormais le Chat blanc croit qu'il a perdu son ombre, la cherche, et longuement l'appelle; Mort, je ne goûte pourtant pas le repos, car je doute. Peu à peu s'éloigne de moi la certitude que je fus un vrai chat, et non pas l'ombre, la moitié nocturne, le noir envers du chat blanc.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:11

 

 

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Ce village appartient au Château; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée.
K s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit :
- Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc ici un Château ?
- Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est la Château de monsieur le comte Westwest.
- Il faut avoir un autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
- Il faut avoir une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients :
- A moins qu'on ne puisse s'en passer ?

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:21

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Sur un vieux toit en zingue 

 

Y avait des pussy-cats

Qui dansaient comme des dingues

En f'sant du bruit avec leurs pattes

Alertés, les voisingues

S'écriaient ça n'a rien d'bath

y a d'quoi dev'nir sourdingue

On peux plus travailler ses maths

Le matou du marchand d'volailles

Une sardine en bandouillière

Avait enlacé par la taille

La chatte de la cuisinière

Chacun faisait du gringue

A la siamoise de l'épicier

C'était un vrai dancingue

A tout l'monde ils cassaient les pieds

Au bout d'une demi-plombe

Ecoeurés par ce raffut

Les flics s'amènent en trombe

En faisant tourner leurs massues

Et c'est une hécatombe

Les ardoises volent en éclats

On aurait cru des bombes

Mais y avait déjà plus un chat

Réfugiés au fond d'une cave

Les pussy-cats pas dégonflés

Sirotant d'l'alcool de betterave

S'étaient remis à gambiller

Toute la nuit ils dansèrent

En usant des kilos d'savates

Pour leur anniversaire

La java des pussy-cats

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 10:53

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Ne pas y aller. Ne pas se mouiller. Vulgaire ? Non, jamais. Consciente insconsciente, sans raison et sans doute. Ne pas pénétrer dans cette vase si noire et si profonde qu'elle m'absorberait. Ne pas s'y noyer.

De l'autre côté il y a la vérité ou le rêve. Le rêve c'est à l'abri des yeux qu'on y a droit. On les ferme, le film peut se dérouler. 

 

Je m'assieds sur ma rive encore humide. Il y a eut la crue. Il ne reste rien que l'eau stagnante. Ce parfum qui vient d'en face ou d'ailleurs. Et ce chien, méchant gardien qui me mord lorsque je tente de passer. A chaque fois que j'ai voulu partir, il a montré les dents, a grogné et m'a arrêtée. 

Passer, je veux passer. 

Je sais tout, sur tout. J'ai vu tout ce que le monde peut donner à voir, à l'exception de ce qui se tient en face. Si je dois faire un dernier voyage, c'est là que je veux aller. Je demande le droit de choisir le moment. Plusieurs fois j'ai voulu, mais maudit chien ! qui de ses dents et son regard m'a stoppée. Jamais je n'ai pu finir ma traversée. 

 

Je reste assise là. Je fixe calmement un point sur l'autre rive. Je n'ai plus rien à attendre d'ici. Je prends une ultime inspiration. Je ferme les yeux.

 

Le chien semble  assoupi. 

 

Je me lève. 

Et j'avance.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 14:34

 

 

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{...} Sans doute une association dans le but de se soutenir mutuellement fut-elle faite par les aventuriers; peut-être le brigandage, inextirpable dans les Calabres et dans les Abruzzes, n'est-il qu'une branche de la Camorra.

La Camorra, comme la Sainte-Vehme allemande, a son tribunal invisible qui juge et qui condamne, soit les étrangers qui pourraient lui être nuisibles, soit même ses propres membres qui manquent aux engagements pris lors de l'initiation.
Elle a trois degrés de punition :

- la bastonnata ou bastonnade;

- le sfeggio ou coup de rasoir;

- la coltellata ou coup de couteau.

La bastonnade vous met au lit pour quinze jours.

Le sfeggio vous marque pour la vie.
La coltellata vous tue.

Dans nos vieilles comédies, nous disons, en matière de plaisanterie : "Je te donnerai une volée de coups de bâton", et nous ne la donnons pas;

La plaisanterie des peuples méridionaux est plus lugubre. Ils disent : "Je te donnerai un coup de couteau", et ils le donnent.

A Naples, l'homicide est simplement un geste.
Aussi l'homicide n'est-il jamais puni de mort : le bourreau ruinerait la municipalité.

 

 

Causeries, 14 mars 1862

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:51

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J.J. Grandville

 

 

 

Un bûcheron, viocard et pauvre comme Job, mais doté d’un battant gros comme un artichmuche, toujours prêt à obliger un plus atteint que lui, arquait difficilement sur un chemin, le dos à l’équerre sous le poids d’au moins un stère de bois dur. Sa régulière lui bonissait plus souvent qu’à son tour :
— Écoute mon Nanard que j’aime, tu m’fais mal au croupion à t’voir turbiner comme ça, puis en plus avec tes bontés on va s’retrouver raides en moins d’deux, ça va pas faire un pli ! Va donc voir un kiné.
Mais l’viocard avec ses carreaux d’cocker et son tarbouif façon rocher d’Gibraltar, lui avait rétorqué dans l’cornet gauche :
— J’suis comme ça ma Nénesse, j’suis rien qu’un pôv bosseur arthrosique et j’pourrai pas y changer grand chose à présent. Esgourde bien mi : on n’a pas d’thunes, c’est acquis, mais au moins on a du palpitant nous autres, c’est d’famille !
Puis sur son chemin, il se mit à cogiter à tout ça, à son extrême pauvreté, les impôts, les charges (URSSAF, CSG, CRDS,…), la marmaille et tout l’toutim. Il essuya son tarin qu’un torrent de larmes avait brusquement ramolli et se souffla à ses pieds : « tiens, si j’me flinguais au Beretta calibre 45 avec silencieux, c’est pas une bonne idée ça ? »
Il appela la mort. C’te vache-là rappliqua sur le champ dans d’horribles ricanements et sans porte-voix pour son porte-pipe elle lui bredouilla dans sa feuille appareillée :
— Tu veux quoi au juste, mon biquet, mmmmm ?
LA MORT ET LE BÛCHERON
— Euh… Rien… Majestouille, c’est moi qui t’ai appelée, t’es sûre ? J’ai rien esgourdé !
— Ben si, tu m’as sonné deux fois l’mironton ! T’es pas un peu loquedu, non, de m’déranger pour des dattes ?
— Oh, j’voulais juste que tu m’files un coup d’paluche pour recharger mon bois, rien de plus, parole ! Y’en a pas pour des s’maines, tu pourras te barrer juste après et vaquer à tes occupes.
— T’es louf ou quoi ? Tu chouraves mon honneur sans vergogne, là, à m’rencarder pour m’faire turbiner après dix-sept heures ! Et les trente-cinq heures hein, espèce de gougnafier sans coeur ! Tu veux pas en prime que j’t’étrangle popol derrière un bosquet tant que t’y es, non ? Tu m’prendrais pas pour une tapineuse, hein dis ?
— Pas la peine, fit l’viocard décomplexé depuis ses noces, j’suis déjà maqué à une ménesse bien en chair qui m’attend à la taule, le pétard en feu et les miches à l’horizontal, alors tu vois…
Et sur ce, la mort se tailla déçue, tandis que le bûcheron, gerbait tout son dèj (une demi biscotte (il était très pauvre) sur son alpague, vert comme une branche de persil, une grande pétoche l’agitant de la bouilloire jusqu’aux nougats.
Moralité : Si tu peux plus aller au bois, chauffe-toi au gaz !

 

Jean-Louis Azencott

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 16:05

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Art. 9. Les hommes libres, qui auront un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront, chacun, condamnés en une amende de 2000 livres de sucre9 ; et s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l’amende, qu’ils soient privés de l’esclave et des enfants ; et qu’elle et eux soient confisquées au profit de l’hôpital,10 sans jamais pouvoir être affranchis ; n’entendons, toutefois, le présent article, avoir lieu, lorsque l’homme libre, qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera, dans les formes observées par l’Eglise, ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les enfants rendus libres, et légitimes.

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:34

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« Et toi, chef des brigands qui t’obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive ; nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d’effacer de nos âmes son caractère. Ici, tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; et tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l’as dit à moi, ce qu’ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi ! Et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât sur une de vos pierres ou sur l’écorce d’un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu’en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu’est-ce que cela fait ? Lorsqu’on t’a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t’es récrié, tu t’es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir !  Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute , le Tahitien, est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu’il n’ait pas sur toi ? Tu es venu, nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? T’avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t’avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi. Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu’y manque-t-il, à ton avis ? Poursuis jusqu’où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s’arrêter, lorsqu’ils n’auraient à obtenir de leurs pénibles efforts que des biens imaginaires. »



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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 17:04

Si toutes les filles du monde voulaient s' donner la main

Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins

Ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde

Si tous les gars du monde voulaient s' donner la main


Si tous les gars du monde

Décidaient d'être copains

Et partageaient un beau matin

Leurs espoirs et leurs chagrins

Si tous les gars du monde

Devenaient de bons copains

Et marchaient la main dans la main

Le bonheur serait pour demain


Ne parle pas de différence

Ne dites pas qu'il est trop blond

Ou qu'il est noir comme du charbon

Ni même qu'il n'est pas né en France

Aimez-les n'importe comment

Même si leur gueule doit vous surprendre

L'amour c'est comme au régiment

Il n'faut pas chercher à comprendre


J'ai mes ennuis et vous les vôtres

Mais moi je compte sur les gars

Les copains qu'on ne connaît pas

Peuvent nous consoler des autres

Le bonheur c'est une habitude

Avec deux cent millions d'amis

On ne craint pas la solitude ...

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:18

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J’ai pas fait exprès. J’ai glissé. Ca arrive à tout le monde. Le truc idiot, vous savez. Tout va bien, et puis, la glissade, le sol qui se dérobe, et la chute. Ridicule. Enfin, ça amuse le public. Mais je n’étais pas là pour le distraire, le public. Et les quatre fers en l’air, je le regarde, pitoyable rassemblement de moutons, dérisoires et pleutres. Vous ne me tendez pas la main, vous ne cherchez pas à m’aider. Et c’est tant mieux. Sur la main ainsi tendue, je pourrais aller cracher. Heureusement, je vous dégoûte.  Presque autant que vous me dégoûtez.

C’est normal. Je suis sale. Sali du temps. Sali de vos prétentions et de votre arrogance. Sali surtout par votre indifférence. Faites attention, vous pourriez tomber dedans, le pas est vite fait.

 

Poussez votre pied, vous, que je pose ma main. Je vais m’appuyer, sur ce trottoir, celui qui vient de me faucher, celui où j’ai pris ma nouvelle adresse et j’ai changé d’identité. Je ne sais plus quand. Un jour un matin, ou un soir, une nuit, un jour en fait, sans doute. Un jour de merde. Ca n’a pas été le seul, il a eu tellement de petits frères. Un jour où la société, votre société si bien cadrée, n’a plus voulu de moi. Un jour j’étais ailleurs, derrière un bureau, un autre la porte s’est refermée, on n’a plus de travail à vous donner, un dernier j’étais là, je n’en ai plus bougé. Combien de temps s’est-il passé ? Peut-être un mois, peut-être une année. On ne compte pas, quand on tombe. On tombe. On est aspiré.

 

Je sais ce que vous pensez. J’aurais pu l’éviter. Le trou. Ce putain de précipice dans lequel je me suis écrasé, avant de devenir la merde que vous contournez. Je l’ai dit avant vous. Quand, comme vous, je tournais la tête pour ne pas les voir, ces cloches qui hantent notre bitume, fossoyeurs de rêves, effrayants comme une armée de cancrelats. Quand je rentrais chez moi. Au chaud. Près d’elle qui était là. Qui avait fait un repas. Qui me tendait les bras.

Je l’ai dit avant vous.

Je me sentais protégé.

Une porte fermée. Une autre un jour, qui ne s’est plus ouverte. Barrée par les huissiers. Elle n’était plus là.

J’avais rien pour rester.

 

Eux…Eux, vos cauchemars, votre honte, mes amis. Eux, un soir, ils m’ont fait un signe et je me suis assis. On a bu, à la bouteille, y’a pas de verre dans la rue. On a bu, on a chanté, les flics ont débarqué, on a fini derrière les barreaux. Une fois, puis deux, puis trois. Je m’y suis habitué. Plu ? Faut pas exagérer. Vous savez pas ce que c’est que d’être là. Mais avec eux, j’ai plus rien à prouver. Juste essayer de rire, et de survivre, tant qu’on peut y arriver. Parfois on pleure, quand y’en a un qui meurt. Et puis on l’oublie. On boit à sa santé, on boit on sait plus pour qui, mais on sait pourquoi, toujours pour se réchauffer.

On boit, pour faire semblant d’exister. Ou pour oublier qu’on le fait.

 

Allez, barrez-vous, le spectacle est terminé.

Et laissez pas la monnaie pour le personnel, j’ai rien à demander, et y’aura pas d’autre visite guidée.

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Published by Ps...Prune - dans DECAPEZ-MOI
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