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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 15:15

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Cher petit papa Noël.


Cette année je vais bien m'appliquer pour ma lettre parce que je crois que l'année dernière t'as rien comrpis ou sinon c'est que tu sais pas lire les gribouillages. Mais bon je peux pas t'en vouloir parce que t'es pas tout jeune et puis t'as beaucoup de travail à cause de nous alors peut-être que tu t'es embrouillé. Ou sinon comme c'était les grèves et bien peut-être les rennes ils ont été coincés avec un avion là-haut dans le ciel.
Enfin moi je t'en veux pas, je t'aime toujours mais j'ai quand même des choses à te demander et ça serait bien si cette année tu m'oubliais pas.

Déjà je voudrai voir un peu plus mon papa. Parce que mon papa il est jamais beaucoup là, il est dans un endroit qu'il aime bien parce qu'il y passe ses journées, ça s'appelle le Chaud Mage, ça doit être comme une maison pour les rois qui apportent les cadeaux au petit Jésus. Sauf que les rois ils apportent de l'or et de l'odeur qui sent fort je sais plus comment ça s'appelle et encore d'autres choses mais c'est compliqué comme noms. Alors que papa quand il rentre du Chaud Mage, il sent toujours très fort le vin et moi je veux bien qu'il fasse la fête avec ses amis mais ça serait gentil qu'il la fasse un peu avec moi.

 

Après aussi je voudrai que tu trouves le bon médicament pour ma maman, parce qu'elle est malade et à l'école ils ont dit pour cette maladie y'a des médicaments mais avec maman ils doivent pas bien marcher. Maman, elle se plaint tout le temps et elle crie très fort aussi, surtout quand papa rentre mais il peut pas l'aider c'est pas un docteur, sauf que je me demande quand même si c'est pas lui qui lui a donné la maladie. Maman quand elle voit papa qui rentre de sa fête au Chaud Mage elle est pas contente et elle lui dit va t'en va t'en ça me fout la rage de te voir. Moi je comprends pas elle devrait être contente maman que papa rentre et qu'il s'amuse avec ses amis mais les grandes personnes c'est pas comme nous ça sait pas vraiment être heureux pour les autres. Moi si mes amis allaient au Chaud Mage je serai contente pour eux, mais ils y vont pas et puis on boit pas de vin.

 

Bon faut aussi que je te demande pour mamie parce que des gens lui ont fait une blague et ils ont pris sa maison mais on sait pas où elle a été mise alors pour l'instant elle vit dans un endroit que j'aime pas beaucoup parce que y'a plein d'odeurs qui donnent mal au coeur. Ils disent que ça s'appellent une maison de repos mais là mamie elle doit être bien reposée depuis le temps qu'elle y est. Moi je sais parce qu'elle s'est tellement reposée qu'elle a plus rien à raconter alors elle raconte toujours la même histoire et c'est pas une histoire très drôle elle parle toujours de la guerre et des gens qu'elle aimait et qui sont morts. Après elle pleure et quand elle pleure elle a la même voix que moi, enfin la voix que j'ai quand maman dit qu'elle a la rage et qu'en plus je fais des caprices de bébé et que je pleure. 

 

Y'a encore pour mon petit frère. Il est un peu bête des fois et il m'énerve mais je l'aime quand même beaucoup. Et j'ai entendu que papa disait à maman cette année il aura pas de cadeau ou sinon ça restera ici c'est encore mon fric. Je sais pas ce que c'est le fric mais ça a l'air très important et je sais pas non plus où les cadeaux pourraient partir puisque nous on est ici. Mais ça doit être des histoires de grands et c'est pas très drôle les histoires de grands. 

Alors voilà c'est tout ce que je veux comme cadeau. Que mon petit frère il ait du fric, et que mamie on lui rende sa maison. Que maman elle soit guérie de la rage. Et que papa aille moins au Chaud Mage et nous refasse des calins.

Je t'embrasse très fort petit papa Noël que j'aime et ne te fatigue pas trop parce tu as beaucoup de travail.

Lea

Dis-moi, t'y allais toi au Chaud Mage quand t'avais l'âge de mon papa? 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 14:51

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... Mais quoi ! déjà les Cieux s'accordent à pleurer,
Le soleil s'obscurcit, une amère rosée
Vient de gouttes de fiel la terre énamourer,
D'un crêpe noir la lune en gémit déguisée,
Et tout pour mon amour veut ma mort honorer.

Au plus haut du midi, des étoiles les feux,
Voyant que le soleil a perdu sa lumière,
Jettent sur mon trépas leurs pitoyables jeux,
Et d'errines aspects soulagent ma misère.
L'hymne de mon trépas est chanté par les Cieux.

Les anges ont senti mes chaudes passions,
Quittent des Cieux aimés leur plaisir indicible,
Ils souffrent affligés de mes afflictions,
Je les vois de mes yeux bien qu'ils soient invisibles,
Je ne suis fasciné de douces fictions.

Tout gémit, tout se plaint, et mon mal est si fort
Qu'il émeut fleurs, côteaux, bois et roches étranges,
Tigres, lions et ours et les eaux et leur port,
Nymphes, les vents, les cieux, les astres et les anges.
Tu es loin de pitié et plus loin de ma mort,

Plus dure que les rocs, les côtes et la mer,
Plus altière que l'air, que les cieux et les anges,
Plus cruelle que tout ce que je puis nommer,
Tigres, ours et lions, serpents, monstres étranges,
Tu ris en me tuant et je meurs pour aimer.

 

Théodore Aggripa d'Aubigné

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:03

 

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©Alison Scarpulla

 

 

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s'y s'use
comme au plus tranchant d'un éclat de soleil.

Au-delà il y a ta lingerie qui sert à t'offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c'est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s'y élèvent

comme deux cailloux à fleur d'eau...
Il me suffit de quelques gestes pour retrouver,
enfouie sous ta peau, la plante nue que tu es
et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux,
tu entres dans la nuit avec le jour devant toi.

Je n'ai qu'à toucher la pointe de tes seins
pour que soient soudain rompues les mille écluses
qui retiennent entre nous un poids d'eau égal à 
celui de la mer,
pour que toutes les lumières s'allument en nous.

Et quand dans la clarté du drap,
tu n'es plus qu'un éventail de chair,
j'ai hâte de le faire se refermer sur mon corps
par une caresse que je jette en toi comme 
une pierre.

 

Lucien Becker

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 20:18

 

Montgolfiere_178316.jpg

 

 

[…] Le pauvre Écossais était réellement à plaindre ; il ne considérait plus la voûte azurée sans de sombres terreurs ; il éprouvait, en dormant, des balancements vertigineux, et chaque nuit il se sentait choir d'incommensurables hauteurs.
Nous devons ajouter que, pendant ces terribles cauchemars, il tomba de son lit une fois ou deux. Son premier soin fut de montrer à Fergusson une forte contusion qu'il se fit à la tête.
« Et pourtant, ajouta-t-il avec bonhomie, trois pieds de hauteur ! pas plus ! et une bosse pareille ! Juge donc ! »
Cette insinuation, pleine de mélancolie, n'émût pas le docteur.
« Nous ne tomberons pas, fit-il.
— Mais enfin, si nous tombons ?
— Nous ne tomberons pas. » […]

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 09:37

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n'avions pas fini de nous parler d'amour.
Nous n'avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l'escalier plus souple qu'un berger,
Plus soutenu par l'air qu'un vol de feuilles mortes...


Ce n'est pas ce matin que l'on me guillotine.
Je peux dormir tranquille. À l'étage au-dessus
Mon mignon paresseux, ma perle, mon Jésus
S'éveille. Il va cogner de sa dure bottine
À mon crâne tondu.

Jean Geneturl-11-copie-1.jpg

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 14:41


Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux ;
Des paroles du coeur vantez-nous la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux.

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras, dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une Espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme une fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains !

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent du doigt vous toucher, ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau !

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin
Les femmes du grand ton. En tout tant que vous êtes,
Non ! vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes
Un amour de catin !

 

Alfred de MUSSET

 

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©Helmut Newton

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 15:22

Non, mon ami n'y songez plus. Ce que vous me demandez me révolte et me dégoûte. On dirait que Dieu, car je crois à Dieu, moi, a voulu jadis tout ce qu'il a fait de bon en y joignant quelque chose d'horrible. Il nous avait donné l'amour, la plus douce chose qui soit au monde, mais trouvant cela trop beau et trop pur pour nous, il a imaginé les sens, les sens ignobles, sales, révoltants, brutaux, les sens qu'il a façonnés comme par dérision et qu'il a mêlés aux ordures du corps, qu'il a conçus de telle sorte que nous n'y pouvons songer sans rougir, que nous n'en pouvons parler qu'à voix basse. Leur acte affreux est enveloppé de honte. Il se cache, révolte l'âme, blesse les yeux, et honni par la morale, poursuivi par la loi, il se commet dans l'ombre, comme s'il était criminel.
    Ne me parlez jamais de cela, jamais !
    Je ne sais point si je vous aime, mais je sais que je me plais près de vous, que votre regard m'est doux et que votre voix me caresse le coeur. Du jour où vous auriez obtenu de ma faiblesse ce que vous désirez, vous me deviendrez odieux. Le lien délicat qui nous attache l'un à l'autre serait brisé. Il y aurait entre nous un abîme d'infamies.
    Restons ce que nous sommes. Et... aimez-moi si vous voulez, Je le permets.
    Votre amie,

GENEVIÈVE.    


    Madame, voulez-vous me permettre à mon tour de vous parler brutalement, sans ménagements galants, comme le parlerais à un ami qui voudrait prononcer des voeux éternels ?
    Moi non plus, je ne sais pas si je vous aime. Je ne le saurais vraiment qu'après cette chose qui vous révolte tant.
    Avez-vous oublié les vers de Musset :

Je me souviens encor de ces spasmes terribles,
De ces baisers muets, de ces muscles ardents,
De cet être absorbé, blême et serrant les dents.
S'ils ne sont pas divins, ces moment sont horribles.


    Cette sensation d'horreur et d'insurmontable dégoût, nous l'éprouvons aussi quand, emportés par l'impétuosité du sang, nous nous laissons aller aux accouplements d'aventure. Mais quand une femme est pour nous l'être d'élection, de charme constant, de séduction infinie que vous êtes pour moi, la caresse devient le plus ardent, le plus complet et le plus infini des bonheurs.
    La caresse, Madame, c'est l'épreuve de l'amour. Quand notre ardeur s'éteint après l'étreinte, nous nous étions trompés. Quand elle grandit, nous nous aimions.
    Un philosophe, qui ne pratiquait point ces doctrines, nous a mis en garde contre ce piège de la nature. La nature veut des êtres, dit-il, et pour nous contraindre à les créer, il a mis le double appât de l'amour et de la volupté auprès du piège. Et il ajoute : Dès que nous nous sommes laissé prendre, dès que l'affolement d'un instant a passé, une tristesse immense nous saisit, car nous comprenons la ruse qui nous a trompés, nous voyons, nous sentons, nous touchons la raison secrète et voilée qui nous a poussés malgré nous.
    Cela est vrai souvent, très souvent. Alors nous nous relevons écoeurés. La nature nous a vaincus, nous a jetés, à son gré dans des bras qui s'ouvraient, parce qu'elle veut que des bras s'ouvrent.
    Oui, je sais les baisers froids et violents sur des lèvres inconnues, les regards fixes et ardents en des yeux qu'on n'a jamais vus et qu'on ne verra plus jamais, et tout ce que je ne peux pas dire, tout ce qui nous laisse à l'âme une amère mélancolie.

Mais, quand cette sorte de nuage d'affection, qu'on appelle l'amour, a enveloppé deux êtres, quand ils ont pensé l'un à l'autre, longtemps, toujours, quand le souvenir pendant l'éloignement veille sans cesse, le jour, la nuit, apportant à l'âme les traits du visage, et le sourire, et le son de la voix ; quand on a été obsédé, possédé par la forme absente et toujours visible, n'est-il pas naturel que les bras s'ouvrent enfin, que les lèvres s'unissent et que les corps se mêlent ?
    N'avez-vous jamais eu le désir du baiser ? Dites-moi si les lèvres n'appellent pas les lèvres, et si le regard clair, qui semble couler dans les veines, ne soulève pas des ardeurs furieuses, irrésistibles ?
    Certes, c'est là le piège, le piège immonde, dites-vous ? Qu'importe, je le sais, j'y tombe, et je l'aime. La Nature nous donne la caresse pour nous cacher sa ruse, pour nous forcer malgré nous à éterniser les générations. Eh bien ! volons-lui la caresse, faisons-la nôtre, raffinons-la, changeons-la, idéalisons-la, si vous voulez. Trompons, à notre tour, la Nature, cette trompeuse. Faisons plus qu'elle n'a voulu, plus qu'elle n'a pu ou osé nous apprendre. Que la caresse soit comme une matière précieuse sortie brute de la terre, prenons-la et travaillons-la et perfectionnons-la, sans souci des desseins premiers, de la volonté dissimulée de ce que vous appelez Dieu. Et comme c'est la pensée qui poétise tout, poétisons-la, Madame, jusque dans ses brutalités terribles, dans ses plus impures combinaisons, jusque dans ses plus monstrueuses inventions.
    Aimons la caresse savoureuse comme le vin qui grise, comme le fruit mûr qui parfume la bouche, comme tout ce qui pénètre notre corps de bonheur. Aimons la chair parce qu'elle est belle, parce qu'elle est blanche et ferme, et ronde et douce, et délicieuse sous la lèvre et sous les mains.
    Quand les artistes ont cherché la forme la plus rare et la plus pure pour les coupes où l'art devait boire l'ivresse, ils ont choisi la courbe des seins, dont la fleur ressemble à celle des roses.
    Or, j'ai lu dans un livre érudit, qui s'appelle le Dictionnaire des Sciences médicales, cette définition de la gorge des femmes, qu'on dirait imaginée par M. Joseph Prud'homme, devenu docteur en médecine :
    "Le sein peut être considéré chez la femme comme un objet en même temps d'utilité et d'agrément."
    Supprimons, si vous voulez, l'utilité et ne gardons que l'agrément. Aurait-il cette forme adorable qui appelle irrésistiblement la caresse s'il n'était destiné qu'à nourrir les enfants ?
    Oui, Madame, laissons les moralistes nous prêcher la pudeur, et les médecins la prudence ; laissons les poètes, ces trompeurs toujours trompés eux-mêmes, chanter l'union chaste des âmes et le bonheur immatériel ; laissons les femmes laides à leurs devoirs et les hommes raisonnables à leurs besognes inutiles ; laissons les doctrinaires à leurs doctrines, les prêtres à leurs commandements, et nous, aimons avant tout la caresse qui grise, affole, énerve, épuise, ranime, est plus douce que les parfums, plus légère que la brise, plus aiguë que les blessures, rapide et dévorante, qui fait prier, qui fait commettre tous les crimes et tous les actes de courage ! Aimons-la, non pas tranquille, normale, légale ; mais violente, furieuse, immodérée ! Recherchons-la comme on recherche l'or et le diamant, car elle vaut plus, étant inestimable et passagère ! Poursuivons-la sans cesse, mourons pour elle et par elle.
    Et si vous voulez, Madame, que je vous dise une vérité que vous ne trouverez, je crois, en aucun livre, les seules femmes heureuses sur cette terre sont celles à qui nulle caresse ne manque. Elles vivent, celles-là, sans souci, sans pensées torturantes, sans autre désir que celui du baiser prochain qui sera délicieux et apaisant comme le dernier baiser.
    Les autres, celles pour qui les caresses sont mesurées, ou incomplètes, ou rares, vivent harcelées par mille inquiétudes misérables, par des désirs d'argent ou de vanité, par tous les événements qui deviennent des chagrins.
    Mais les femmes caressées à satiété n'ont besoin de rien, ne désirent rien, ne regrettent rien. Elles rêvent, tranquilles et mourantes, effleurées à peine par ce qui serait pour les autres d'irréparables catastrophes, car la caresse remplace tout, guérit de tout, console de tout !
    Et J'aurais encore tant de choses à dire !...

 

HENRI.   

 

Ces deux lettres, écrites sur du papier japonais en paille de riz, ont été trouvées dans un petit portefeuille en cuir de Russie, sous un prie-dieu de la Madeleine, hier dimanche, après la messe d'une heure.

Guy de Maupassant

 

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 10:47

Combien de fois entendons-nous dire : "Il est charmant cet homme, mais c'est une fille, une vraie fille."
    On veut parler de l'homme-fille, la peste de notre pays.
    Car nous sommes tous, en France, des hommes-filles, c'est-à-dire changeants, fantasques, innocemment perfides, sans suite dans les convictions ni dans la volonté, violents et faibles comme des femmes.
    Mais le plus irritant des hommes-filles est assurément le Parisien et le boulevardier, dont les apparences d'intelligence sont plus marquées et qui assemble en lui, exagérés par son tempérament d'homme, toutes les séductions et tous les défauts des charmantes drôlesses.
    Notre Chambre des députés est peuplée d'hommes-filles. Ils y forment le grand parti des opportunistes aimables qu'on pourrait appeler "les charmeurs". Ce sont ceux qui gouvernent avec des paroles douces et des promesses trompeuses, qui savent serrer les mains de façon à s'attacher les coeurs, dire "mon cher ami" d'une certaine manière délicate aux gens qu'ils connaissent le moins, changer d'opinion sans même s'en douter, s'exalter pour toute idée nouvelle, être sincères dans leurs croyances de girouettes, se laisser tromper comme ils trompent eux-mêmes, ne plus se souvenir le lendemain de ce qu'ils affirmaient la veille.
    Les journaux sont pleins d'hommes-filles. C'est peut-être là qu'on en trouve le plus, mais c'est là aussi qu'ils sont le plus nécessaires. Il faut excepter quelques organes comme Les Débats ou La Gazette de France.
    Certes, tout bon journaliste doit être un peu fille, c'est-à-dire aux ordres du public, souple à suivre inconsciemment les nuances de l'opinion courante, ondoyant et divers, sceptique et crédule, méchant et dévoué, blagueur et prudhomme, enthousiaste et ironique, et toujours convaincu sans croire à rien.
    Les étrangers, nos anti-types comme disait Mme Abel, les Anglais tenaces et les lourds Allemands, nous considèrent et nous considéreront jusqu'à la fin des siècles, avec un certain étonnement mêlé de mépris. Ils nous traitent de légers. Ce n'est pas cela, nous sommes des filles. Et voilà pourquoi on nous aime malgré nos défauts, pourquoi on revient à nous malgré le mal qu'on dit de nous ; ce sont des querelles d'amour !...
    L'homme-fille, tel qu'on le rencontre dans le monde, est si charmant qu'il vous capte en une causerie de cinq minutes. Son sourire semble fait pour vous ; on ne peut penser que sa voix n'ait point à votre intention des intonations particulièrement aimables. Quand il vous quitte, on croit le connaître depuis vingt ans. On est tout disposé à lui prêter de l'argent, s'il vous en demande. Il vous a séduit comme une femme.
    S'il a pour vous des procédés douteux, an ne peut lui garder rancune, tant il est gentil quand on le revoit ! S'excuse-t-il ? On a envie de lui demander pardon ! Ment-il ? On ne peut le croire ! Vous berne-t-il indéfiniment par des promesses toujours fausses ? On lui sait gré de ses promesses seules autant que s'il avait remué le monde pour vous rendre service.
    Quand il admire quelque chose, il s'extasie avec des expressions tellement senties qu'il vous jette à l'âme ses convictions. Il a adoré Victor Hugo qu'il traite aujourd'hui de bédole. Il se serait battu pour Zola qu'il abandonne pour Barbey d'Aurevilly. Et quand il admire, il n'admet point les restrictions ; et il vous souffletterait pour un mot ; mais quand il se met à mépriser, il ne connaît plus de bornes dans son dédain et n'accepte pas qu'on proteste.
    En somme, il ne comprend rien.
    Ecoutez causer deux filles : "Alors tu es fâchée avec Julia ? - Je te crois, je lui ai flanqué ma main par la figure. - Qu'est-ce qu'elle t'avait fait ? - Elle avait dit à Pauline que je battais la dèche treize mois sur douze. Et Pauline l'a redit à Gontran. Tu comprends ? - Vous habitiez ensemble, rue Clauzel ? - Nous avons habité ensemble voilà quatre ans, rue Bréda ; puis, nous nous sommes fâchées pour une paire de bas qu'elle prétendait que j'avais mis - c'était pas vrai - des bas de soie qu'elle avait achetés chez la mère Martin. Alors j'y ai fichu une tripotée. Et elle m'a quittée là-dessus. Je l'ai retrouvée voilà six mois et elle m'avait demandé de venir chez elle, vu qu'elle avait loué une boîte deux fois trop grande."
    On n'entend pas le reste, on passe.
    Mais comme on va le dimanche suivant à Saint-Germain, deux jeunes femmes montent dans le même wagon. On en reconnaît une tout de suite, l'ennemie de Julia. - L'autre ?... C'est Julia !
    Et ce sont des mamours , des tendresses, des projets. "Dis donc, Julia. - Ecoute, Julia, etc."
    L'homme-fille a des amitiés de cette nature. Pendant trois mois il ne peut quitter son vieux Jacques, son cher Jacques. Il n'y a que Jacques au monde. Lui seul a de l'esprit, du bon sens, du talent. Lui seul est quelqu'un dans Paris. On les rencontre partout ensemble, ils dînent ensemble, vont ensemble par les rues, et chaque soir se reconduisent dix fois de la porte de l'un à la porte de l'autre sans se décider à la séparation.
    Trois mois plus tard, si on parle de Jacques :
    "En voilà une crapule, une rosse, un gredin. J'ai appris à le connaître, allez. - Et pas même honnête, et mal élevé, etc., etc."
    Encore trois mois après, et ils logent ensemble ; mais un matin, on apprend qu'ils se sont battus en duel, puis embrassés, en pleurant, sur le terrain.
    Ils sont, au demeurant, les meilleurs amis du monde, fâchés à mort la moitié de l'année, se calomniant et se chérissant tour à tour, à profusion, se serrant les mains à se briser les os et prêts à se crever le ventre pour un mot mal entendu.
    Car les relations des hommes-filles sont incertaines, leur humeur est à secousses, leur exaltation à surprises, leur tendresse à volte-face, leur enthousiasme à éclipses. Un jour, ils vous chérissent, le lendemain ils vous regardent à peine, parce qu'ils ont, en somme, une nature de filles, un charme de filles, un tempérament de filles ; et que tous leurs sentiments ressemblent à l'amour des filles.
    Ils traitent leurs amis comme les drôlesses leurs petits chiens.
    C'est le petit toutou adoré qu'on embrasse éperdument, qu'on nourrit de sucre, qu'on couche sur l'oreiller du lit, mais qu'on jettera aussitôt par la fenêtre dans un mouvement d'impatience, qu'on fait tourner comme une fronde en le tenant par la queue, qu'on serre dans ses bras à l'étrangler et qu'on plonge, sans raison, dans un seau d'eau froide.
    Aussi quel étrange spectacle que les tendresses d'une vraie fille et d'un homme-fille. Il la bat et elle le griffe, ils s'exècrent, ne peuvent se voir et ne peuvent se quitter, accrochés l'un à l'autre par on ne sait quels liens mystérieux du coeur. Elle le trompe et il le sait, sanglote et pardonne.
    Il accepte le lit que paye un autre et se croit, de bonne foi, irréprochable. Il la méprise et l'adore sans distinguer qu'elle aurait le droit de lui rendre son mépris. Ils souffrent tous deux atrocement l'un par l'autre sans pouvoir se désunir ; ils se jettent du matin au soir à la tête des hottées d'injures et de reproches, des accusations abominables, puis énervés à l'excès, vibrants de rage et de haine, ils tombent aux bras l'un de l'autre et s'étreignent éperdument, mêlant leurs bouches frémissantes et leurs âmes de drôlesses.
    L'homme-fille est brave et lâche en même temps ; il a, plus que tout autre, le sentiment exalté de l'honneur, mais le sens de la simple honnêteté lui manque, et, les circonstances aidant, il aura des défaillances et commettra des infamies dont il ne se rendra nul compte ; car il obéit, sans discernement, aux oscillations de sa pensée toujours entraînée.
    Tromper un fournisseur lui semblera chose permise et presque ordonnée. Pour lui, ne point payer ses dettes est honorable, à moins qu'elles ne soient de jeu, c'est-à-dire un peu suspectes ; il fera des dupes en certaines conditions que la loi du monde admet ; s'il se trouve à court d'argent, il empruntera par tous moyens, ne se faisant nul scrupule de jouer quelque peu les prêteurs ; mais il tuerait d'un coup d'épée, avec une indignation sincère, l'homme qui le suspecterait seulement de manquer de délicatesse.

 

Guy de MAUPASSANT

 

Andrew-B-Myers11.jpg©Andrew B Myers

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:45

 




Le loup, l’horrible loup qui fait peur aux enfants,

Le loup maigre et cruel qui guette,

Assassin précis, l’innocent

Et l’emporte poissé de sang,

Rentre au foyer le soir où les siens lui font fête

Et s’écrie : " Vilains garnements,

J’espère qu’aujourd’hui vous avez été sages ?

Quand les petits loups sont méchants

Jésus pleure dans les nuages.

Votre maman n’a pas à se plaindre de vous ? "

" Non, non, s’écrient les petits loups,

Dis-lui, maman, de vraies images.

On s’est même laissé lécher

Sans pleurer !

Que nous apportez-vous, papa, pour récompense ? "

" Un beau petit agneau tout frais.

Vous voyez, il palpite encore... "

" Quelle chance !

Crient les mignons. Papa, laissez-nous l’achever. "

" Ils se portent bien, ils dévorent ",

Dit la louve, l'œil attendri.

Et le couple, comblé, regarde

Le joyeux carnage de ses chers petits.


" Je n’ai jamais vu de loup plus dur, dit le garde.

Pissant le sang partout, dix balles dans le corps,

Sur ses pattes brisées il se dressait encor.

La louve près de lui était déjà tuée,

Les louveteaux aussi. Il ne défendait plus

Que des cadavres. A la fin pourtant on l’a eu,

Et savez-vous, en rentrant de cette curée,

Ce que m’a dit la plus petite de mes filles ?

Pour un mot d’enfant, ce n’est pas banal... "



Le garde aussi aime bien sa famille...

Un monde d’innocents se tue et se torture.

Ce grouillement géant de meurtres et de mal,

Sous le regard froid de la lune,

C’est ce que l’homme appelle une nuit pure...



Pour Monsieur Lazareff, rien à mettre à la une

Dans son journal.

 

Jean ANOUILH

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 08:30

Il n’aime pas qu’on parle de lui. Il ne s’inquiète pas de savoir ce qu’il se dit. Il s’en moque. Il n’aime pas ça. Parce qu’il ne comprend pas pourquoi.

Parle-t-on des coquilles de noix quand elles sont vides ? L’on joue avec, enfant. Et puis on les oublie.

C’est comme ça qu’il se voit, comme une coquille de noix. Cassée. Vide et cassée. Cherchez pas à lui dire le contraire, il ne vous écoutera pas. J’ai essayé, je n’y suis pas arrivé. Il attrape pas les mots, il les regarde passer. Il veut pas que ça lui soit destiné. Les compliments, c’est ses cafards. Ca le dégoûte et ça l’obsède. Dans la cuisine on peut les écraser. Dans un cerveau, ils se posent, ils vont se cacher, quand on les attend plus ils reviennent se montrer. Regarde, regarde comme t’es… Les compliments c’est son cauchemar, il accepte pas d’en mériter. Qu’on puisse l’aimer ça le fait chier. Pour être aimé faut s’apprécier. Son cours était en chute libre. C’est la crise mon bon monsieur, passez votre chemin je suis ruiné. Ruiné de sentiments piétinés. Un matin t’essayes encore de les compter. Au Boursorama du cœur, t’as perdu, t’es exclu, t’as plus un battement à distribuer.

 

C’est pas un jeu.

Ou c’est game over.

 

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©Gulliver Theis

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