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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 07:44

Il reposa le pli, simplement, sur la petite table près de la porte d’entrée. Il le reposa, et sans réfléchir, sans se demander ce qui pouvait arriver, sans se demander ce que serait sa journée, il prit son manteau, il prit sa clé. Et dit simplement qu’il était prêt à le suivre, sans savoir où il allait.

Il connaissait le mot, tout le monde le connaît, mais ça ne lui était jamais arrivé. Même après la mort de son père et de sa mère, ça ne s’était pas passé. Son père et sa mère s’étaient endormis, chacun leur tour, dans ce pays, le seul qu’ils connaissaient. Son père avait laissé sa mère. Et sa mère, un simple sac de pommes de terre. C’est tout ce qui lui restait. Alors le mot, il le connaissait, et pour d’autres il l’avait prononcé, mais jamais pour lui. Il ne l’avait même pas rêvé.


Là, aujourd’hui, un jour gris comme les autres, tellement gris que le soleil paraît endormi, ça s’était passé. Oui, c’est ce qu’il s’est dit, le soleil s’est mis un matin à roupiller. Le coq peut chanter, le soleil est assourdi, le ciel reste gris. Et dans ce gris, il sort, il fait ce qui est dans le pli, on lui demande de partir, on lui dit d’aller rouvrir les portes aux soleil, de le laisser entrer, de le laisser s’installer, d’autoriser des rayons à s’allonger sur le vieux canapé, et se réchauffer près de la cheminée. On lui dit que la maison, c’est à lui qu’elle revient, que c’est ainsi, une maison dans un pays où il n’est jamais allé, pas vraiment loin, mais de l’autre côté des montagnes noires, c’est déjà si loin, et lui n’a jamais voyagé. On lui dit de le faire, c’est ce qui lui revient, c’est ce qui lui a été laissé. Laissé, mais par qui ? Par cet ancien qui ne disait rien, qui toussait, aux yeux rouges, brûlés, dévorés par le fond si profond que jamais la lumière ne pourra y passer. Par cet ancien qui un jour n’est plus venu, c’est qu’il était parti. On lui dit qu’on a mis du temps à le retrouver, que le vieux, la maison, c’est tout ce qu’il avait, et que c’est à lui qui l’a donnée. Il ne se demande pas pourquoi, c’est juste ainsi, c’est le vieux qui a choisi.

 

C’est pour ça qu’il est là, ce matin, les yeux fermés, devant le seuil de cette maison d’un pays pas loin, d’un pays qu’il ne connaît pas, d’un pays qui ne sera jamais le sien. Il est là pour couper l’air épais, pour ouvrir les volets, pour regarder le soleil entrer et prendre place. C’est pour ça que pour la première fois, il ouvre la porte. Et d’instinct, il voudrait la refermer, comme si rien n’était autorisé. Mais c’est son devoir, c’est dans le pli, c’est son devoir d’y aller. Il n’est ni lâche, ni trop orgueilleux. Il est habitué à ses journées, et il sent que ses journées vont changer, mais d’autres habitudes vont s’installer. C’est ainsi, c’est écrit, c’est dans le pli qui lui a été donné.

C’est la première fois qu’il ouvre, et la première fois qu’il entre, dans cet air trop épais, plus épais que ce charbon qu’il a toujours creusé. C’est la première qu’il ne va pas travailler, il ne s’en soucie pas, c’est ainsi, puisque c’est écrit, puisque l’homme lui a apporté le courrier.

Il ouvre les volets, il est ébloui, il regarde le rayon jouer près de la cheminée, comme un chat fuyant, un chant lascif qui finit pas se poser, et le soleil fait un rond, l’air semble déjà nettoyé.

 

C’est un nouvel air. C’est une nouvelle lumière. C’est la première fois qu’il commence à respirer. Il va s’asseoir, près du rayon, sur le vieux canapé. Il va s’asseoir, pour la première fois, c’est la première fois qu’il s’assied dans la journée.

Il a le dos courbé, il a le dos tordu. Pour la première fois, il se sent fatigué.


Alors il entend la voix.

« Tu es venu, je t’attendais. Maintenant je peux y aller. Et toi ici, tu vas te reposer. »

 

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 08:43

Mais il n’était ni lâche ni trop orgueilleux pour dire non au devoir. Et le devoir un matin avait sonné. Le devoir l’avait réveillé, habillé tout de noir, en costume bien coupé, un chapeau sur la tête et un pli à donner. Un pli, étrange courrier, jamais personne ne lui en avait adressé. Il recevait des lettres parfois, des rappels de facture à payer. Des nouvelles de sa famille, aujourd’hui installée à la capitale, l’immense capitale où il refusait d’aller. La terrible capitale, où il craignait de se perdre, de ne jamais pouvoir revenir, de ne pas pouvoir retourner dans ce trou qu’il avait appris à aimer. L’effrayante capitale, où tout va si vite et est déjà oublié avant que d’être fait, où les rencontres n’arrivent pas, car à l’au revoir donné, il s’y associe l’oubli, celui qui tue toute générosité.

Lui, il regardait le temps s’écouler lentement, pouvant presque compter les grains de sable qui glissent dans le sablier. Il s’y endormait, et l’endormissement lui convenait.

 

Mais il ne convient pas au devoir, à ce qui soudain lui incombait. Il ne convient pas de rester à attendre, de rester à observer le temps qui s’échappe, sans vouloir le retenir, sans craindre de ne pouvoir le rattraper.

Le devoir dévore le temps, infatigable, assassin de quiétude, meurtrier aveugle et insouciant. Le devoir s’impose, le devoir devient omniprésent, persistant, lançant ses appels et s’obstinant, tant qu’il n’est pas satisfait, tant qu’il semble ignoré, méprisé, mis de côté. Le devoir devient obsédant, s’incrustant, s’invitant à la table de celui qui le reçoit. Il exige un couvert parfait, il exige d’être servi. Et lorsque le devoir s’endort, c’est repu et gonflé des efforts que ceux qui l’auront assouvi y auront mis.

Sauf à être lâche ou trop orgueilleux.

 

Mais il n’était ni lâche, ni trop orgueilleux.

Il prit le pli, précieusement. L’homme était resté sur le pas de la porte, il ne pensa pas à le faire entrer. L’homme dont la silhouette se découpait dans l’aube qui finit de naître, silhouette autour de laquelle on aurait presque pu deviner des pointillés, comme ces poupées de carton qu’il faut ensuite habiller. L’homme qui avait retiré son chapeau, et sans un mot, attendait.

Lui, il savait qu’il fallait donner une réponse, que l’homme restera là tant qu’il n’aurait pas réagi.

Il ouvrit le pli comme on ouvre la Bible. Il ne s’agit pas de croire, il s’agit de respect. Il ne croyait en rien, sauf en demain qui se doit d’exister. Mais il ne manquait pas de respect, il ne manquait pas de craindre aussi qu’en en manquant la vie pouvait s’envoler. Il l’ouvrit comme on ouvre la Bible, lisant des mots qui se mirent à danser, sans tout de suite en comprendre le sens, sans savoir ce qu’on venait lui demander. Si ce n’est cette réponse, cette réponse qu’il allait formuler.

Il lut, et relut. Et relut encore. Les mots sautaient devant ses yeux, le pli n’était peut-être pas pour lui, mais c’était bien son nom qui était sur l’enveloppe cachetée.

Il relut encore, croyant à un jeu, une erreur, une plaisanterie qu’on lui destinait. L’homme en noir ne bougeait pas, et rien chez lui ne souriait, ni sa bouche aux traits durcis, aux lèvres fermées sur l’obligation de se taire, ni ses yeux si fermés qu’on aurait dit deux traits, deux traits pointus, deux traits aigus, deux traits qui barrent la vie ou la coupent en deux. C’était son métier, annoncer le moment où la vie est partie, il était là pour ça, c’est ce qu’il transmettait. 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 08:52

La première fois qu’il ouvrit la porte, il ferma aussitôt les yeux. L’air était épais, empli de souvenirs et de poussière qui ne lui appartenaient pas. Il ne savait pas pourquoi il était là, devant cette maison qui n’était pas la sienne ou si peu, dans ce pays qu’il ne connaissait pas. Il n’avait la mémoire de rien, il n’avait que le devoir d’être là. On ne tourne pas le dos au devoir, sauf à être lâche ou trop orgueilleux pour vouloir s’y tenir. Il n’était ni l’un, ni l’autre, il n’avait jamais eu le temps de l’être. Sa vie, c’est dans le noir qu’il l’avait passée, au fond d’un trou mal éclairé, la torche à la main et la lampe au front, évitant les poches qui à chaque instant pouvaient exploser, pouvaient tout emporter, lui, sa chair, son cœur, et la vie qu’au dehors il se créait.

 

Il en remontait le soir, de ce trou qui devenait sa deuxième maison, serrant des mains noires de charbon comme les siennes. Ils se séparaient, étranges chouettes dans la journée. Et se retrouvaient, plus tard, pour parler de la vie qui passe sans qu’on puisse l’arrêter, de demain qui a déjà un goût d’hier, d’hier qui se fait l’aîné et le jumeau de demain.

 

Parfois l’un d’eux ne remontait pas, ou autrement. Il restait couché, pour toujours. Toujours c’est comme jamais, c’est infini.  Ca commence ici, mais où mène les toujours et les jamais ? Il ne se posait pas la question. Parfois l’un d’eux se mettait à tousser, à cracher. C’est l’or de la terre qui l’étouffait, les yeux le brûlaient, et quand ils devenaient de cette couleur qui n’appartient qu’au sang, les autres devinaient qu’il était déjà parti. Quand la vie s’enfuit, elle ne le fait pas toujours silencieusement.

 

Il n’avait pas de paysage autre que ces montagnes, et ces montagnes, jamais il n’y monterait, personne ne les descendrait, jamais la neige ne les recouvrirait. C’était pour d’autres la source de leur fortune, ou de leur chaleur. Pour lui, c’était un miracle. Au fond, il allait chercher la vie, et la donner à ceux qui l’espéraient, en petites boules noires mal cassées, mal taillées, entassées dans ces seaux qui montaient chercher la lumière. Pour lui, il n’y avait ni jour ni nuit, il ne faisait que nuit, et le soleil lui faisait peur, le faisait tituber, l’obligeant à s’appuyer aux murs de briques quand parfois il pointait ses rayons, quand parfois, par un volet entrouvert, il s’invitait.

Il n’attendait rien, n’espérait rien, n’imaginait pas qu’une autre existence puisse être possible, et s’il souffrait de la sienne, c’était tranquillement. Sans défi avec le temps. Sans désir d’un autrement. Il ne voulait rien d’autre que continuer. Il n’aurait pas renoncé. Il n’était pas curieux non plus. Il savait qu’il vivait car il respirait. 

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 09:15

Tremble et regarde, fixe, observe le fléau, détaille s’élevant, ce glaive majestueux, oscillant, balançant, hésitant, bras armé, justicier, de quel côté va-t-il pencher, à quel moment peut-il s’arrêter, te faisant fléchir et t’accroupir et retourner au fond de toi jusque dans ton âme, jusque dans les leurs, les leurs infâmes de ne pas avoir été connues et agonisantes elles reviennent encore, bavant le venin qu’elles ne peuvent plus cracher, poison nourrissant leurs veines et laissant s’échapper une haleine putride.

 

Tremble et regarde le bourreau, son bras levé, son bras ferré, immobile suspendu aveuglé de justice mais qu’est-elle la justice la sienne que peut-elle décider stopper le temps le relancer, le fléau devient trotteuse, aiguille, balancier, métronome d’instantané ou d’éternité.

 

Tremble et regarde tes jurés jugés juchés sur leur piètre volonté, rassurés d’être plusieurs mais faibles quand si seuls si abandonnés c’est la voix de la foule qui a parlé, la foule c’est pas l’humanité l’humanité perdue, l’humanité vertu tuée, elle s’est lavée les mains, et poncé ce qu’elle appelait cœur, ce qu’elle avait d’humain.

 

Tremble et regarde et ne pleure pas sur eux, ne pleure pas réjouis-toi contre ces procureurs, ils n’ont que la peur et la peignent en noir, en plus profond que le noir, plus absorbant  et s’y  étourdissant, s’effrayant eux-mêmes, corbeaux déplumés, désespérés, carnassiers édentés, charognards et charognes mêlés.

 

Tremble et regarde ta fierté renaître, ressusciter, éprouvée, abîmée, écrasée sous le poids de leur médiocrité, de leurs vaines paroles de Babel injustement, aveuglement jetées, nourris non ta haine ou ton mépris ils ne le méritent pas, nourris ton oubli et ton indifférence.

 

Et tremble de ne plus trembler, quand le dernier jugement sera annoncé, quand sous les portes tu devras passer et quand la sentence va tomber, quand tes épaules devront se courber, que l’attente te fera suffoquer et qu’au milieu de tous seront dits, étalés, tes plus modestes péchés.

 

Toi aussi, ne serais-tu pas pêcheur ?

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:43

Elle la vit se dresser, fière et majestueuse, semblable à l’épée de Dieu.

Elle resta allongée, se redressant à peine sur les coudes, pour mieux observer le spectacle. Elle avait chaud, la sueur perlait sur sa peau. Elle rejeta d’un mouvement de tête ses cheveux en arrière, et se laissa retomber.

Fermant les yeux, elle crut avoir rêver. Elle avait toujours espéré vivre un tel moment. Un instant exceptionnel, dont on ne revient pas. Ou, peut-être, mais tellement différent.

Certains le racontent après. D’autres ne le peuvent jamais.

 

Elle aurait voulu la toucher, la caresser. Y glisser les doigts, sentir un frôlement contre sa paume. Elle savait cependant qu’elle ne contrôlait pas. Ce qui arrivait ne dépendait pas d’elle, elle devait rester immobile et observer. Elle entrouvrit les lèvres, laissant passer un souffle semblable à une prière.

 

Peut-on flatter ce que l’on ne comprend pas? Elle le souhaitait, et le craignait. Elle voulait voir cette force, cette puissance qui se manifestait. Elle la redoutait. Pourrait-elle la supporter? Comment vivrait-elle ce qui devenait inévitable? Les questions lui traversèrent l’esprit un instant. Très vite, elle céda à l’envie, elle oublia ce qu’elle se demandait, elle se contenta d’observer.

 

C’était immense. Elle n’avait jamais rien vu de pareil. Elle n’aurait su comment le décrire. Elle n’en ressentait ni gêne, ni honte. Ni espoir non plus. Elle devenait contemplatrice, silencieuse, subjuguée.

 

Elle se redressa à nouveau, un peu plus. Elle fixa la lame, imaginant un instant comment elle serait transpercée quand elle recevrait le premier coup. Ce serait peut-être le seul, l’unique, le fatal. Celui qui arrache les larmes, et fait pousser des cris. Celui qu’on redoute et par lequel on se laisse emporter. L’excitation – tout autant que la température – faisait durcir ses seins. Ses jambes se mirent à trembler d’impatience. Ses poils se hérissèrent dans un frisson qu’elle sentit à peine. Au rythme de ce qui devenait de plus en plus certain, elle vibrait de tout son corps, lentement, doucement, comme bercée par un mouvement incontrôlable.

 

Elle tendit la langue, en recevant la première goutte. Elle voulait avoir ce goût dans la bouche, un peu salé, un peu amer. Elle voulait deviner le chemin qu’elles prendraient dans son ventre ou sur son corps, quand elles se feraient plus nombreuses. Elle passa un doigts sur son nombril, le fit glisser sur sa poitrine, vers sa nuque, essuyant une autre goutte fine comme la rosée.

Elle ne contrôlait rien. Elle était soumise, dépendante impatiente. Elle ne pouvait choisir le moment final. Il arriverait, c’était sa seule certitude.

 

Il y eut un bruit incroyable, comme elle n’en avait jamais entendu. Un hurlement déchirant le ciel, un rugissement, à s’en boucher les oreilles. Elle se mordit les poings. Elle savait que la minute suivante serait la bonne. Elle ne pouvait plus partir, elle n’avait même pas le temps de reculer, et aucun moyen pour repousser, pour éviter ce qui allait se produire.

Alors, elle ouvrit grand les yeux, se pencha en avant, puis bascula sur le dos, pour en profiter pleinement.

 

La vague, l’immense déferlante, arriva, s’écrasa sur elle, l’engloutissant. On ne retrouva jamais son corps. Le tsunami fut qualifié comme étant le plus meurtrier de mémoire de spécialiste.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 15:20

Et lorsque vous serez étouffés de honte, lorsque le remord vous fera vomir, lorsque les regrets pollueront vos nuits,

Lorsque le bilan de lui-même se fera, vidant la colonne de vos crédits,

Lorsque vous n’aurez plus de grain à donner à vos mensonges, et à vos calomnies,

Lorsque vous serez atteints par la rumeur et la diffamation, qu’elles vous colleront à la peau, laissant la trace et l’odeur de la pourriture,

Lorsque vos cœurs seront trop secs pour laisser parler vos yeux et que des bouches de vipères que vous avez ouvertes, il ne sortira plus que ces cailloux des contes, écrasant vos pieds, vous ensevelissant lentement dans les décombres de ce que certains qualifiaient d’esprit,

Lorsqu’autour de vous le monde se sera vidé, que vous en serez encore à chercher sur qui cracher, que seul le vent vous renverra vos crachats à la figure,

Ne venez pas me chercher.

 

Ne vous dites pas que je vous aurai oubliés. Je ne prendrai aucun plaisir à vous regarder, pustules vivantes, furoncles de ce que certains appellent encore l’humanité. Je n’en rirai pas, ni n’en sourirai, il n’y aura ni satisfaction ni revanche à en tirer.

 

Je serai ailleurs. Ne venez pas me chercher. A l’instant, je ne suis encore qu’agacée. Aussi, si je peux encore vous offrir un conseil d’amie, restons-en là.

 

Vos excuses puent autant que votre jalouse vanité.

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 08:43

La danse des blattes sur le plan de travail de la cuisine le fascinait.

Elles étaient arrivées telle une colonie. Et s’installaient sans aucune gêne, inconscientes qu’un sort funeste pourrait leur être réservé. Pourrait, si elles avaient été ailleurs. Mais en arrivant, envahisseurs malgré eux, sur ce plan de travail pourtant confié aux sons d’une parfaite femme de ménage, elles avaient du même coup sauvé ce qui aurait pu être une courte existence.

 

Il les observait, assis sur sa chaise. Il l’avait amenée jusque là, se mettant ainsi à leur hauteur, et les regardait tourner à gauche ou à droite, dandinant leur corps ridicule, si ridicule qu’il en devenait touchant. Leurs petites pattes, avec ce fin duvet qui les recouvrait, semblait faites de velours, collants de danseurs pour un ballet improvisé. Il ne pouvait voir leurs yeux, mais il s’était convaincu qu’elles s’observaient l’une l’autre,  en danseurs de tango un rien burlesque.

Et leurs frêles antennes les rapprochaient, leur permettant cet équilibre que les futures étoiles acquièrent à la barre, devant la glace, des heures de travail durant.

 

Parfois, le rythme s’accélérait. Ce n’était plus un tango, c’était autre chose encore. Comme une danse folklorique, une ronde sur un air slave mêlant avec talent puissance et calme, passion et discrétion.

L’une d’elles, plus grosse que les autres, devait mener le ballet. Les autres l’entouraient, dans une chorégraphie spontanée, créée pour leur unique spectateur.

Parfois, elle s’arrêtait net, et ses partenaires en faisaient alors tout autant. Elle penchait sa tête, le mouvement suivi de ses antennes, dans un salut retenu. Puis elle reprenait sa danse, entraînant à nouveau derrière lui les corps de ses compagnons.

A un instant, cet arrêt fut si net qu’on entendit presque le corps de ballet se stopper.

 

Il admirait cette légèreté et cette évidence de chaque mouvement. Applaudissant presque lorsque la ronde était parfaite, retenant son souffle dans ce qu’il croyait être une arabesque, ou un entrechat.

 

Se tournant vers sa vieille radio, il leur mit de la musique. Il fallait accompagner ces danses. Il chercha ce qui pouvait le mieux convenir. Et fixa son choix sur une valse de Strauss.

 

Ce fut sans doute de leur goût. Une nouvelle danse, un nouveau mouvement s’ordonna. Les insectes se tournèrent vers lui, il en était convaincu. Et baissèrent la tête dans un mouvement tellement synchronisé qu’il en eut les larmes aux yeux.

Il fit rouler sa chaise un peu plus près encore. Et se penchant pour les voir de plus près, crut se reconnaître en l’un d’eux. Se reconnaître, jusqu’à ce jour où, alors qu’il répétait un saut des plus complexes, il était tombé, se brisant la cheville.  Et la colonne.

Depuis ce jour où il avait été condamné à rester assis, et à rouler, sans jamais plus danser.

 

Il tendit la main vers eux, ému, transporté, les adorant soudain comme on adore une Etoile, les enviant, repensant à ses heures de gloire, seul sur la scène, éclairé, admiré…

 

Le plus gros, le maître de ballet, avança une patte. Puis une autre.

Il se rapprocha de la main qui lui faisait signe.

 

L’Etoile brisée l’appela, doucement. Les autres attendaient, guettaient, ne bougeaient plus que leurs antennes. Et Strauss donnait le tempo de cette intimité.

 

La blatte souleva une patte, puis la tendit. Le mouvement était fin et gracieux. Elle la reposa sur l’index qui s’offrait. Les autres pattes suivirent, et l’insecte s’installa, levant une tête vers ce visage inconnu.

 

Il sentit une larme couler.

Le cafard reprit sa ronde, pour lui seul, tournant encore, se posant, saluant, et reprenant indéfiniment cette évolution gracile.

 

C’était presque une communion entre l’Etoile et la blatte.

Et alors qu’il ne pouvait plus retenir ses pleurs, son pied droit se souleva lentement, et se mit à bouger.

 

La danse ne l’avait pas abandonné. 

 


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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 08:54

Au matin, il découvrit qu'il avait mué : son ancienne peau, semblable à un vieux drap froissé, gisait à ses côtés.

C’était la première fois de sa vie qu’il pouvait s’observer ainsi, de l’extérieur. C’était très étrange. Pourvoir regarder sa peau, la toucher, la sentir, la tenir entre ses mains.

Il la prit délicatement, comme on cueille des fils de soie, par peur de la voir disparaître, s’effilocher ou tomber en poussière. Mais il n’avait rien à craindre, c’était une belle peau, bien solide, tannée par des années au soleil. Elle avait certes quelques plis et des marques d’usure à divers endroits, mais comme pour le cuir, elles n’étaient que le reflet d’une vie bien remplie.

Il passa la paume de sa main dessus, doucement. Elle était encore tiède, il eut l’impression de sentir son cœur battre. Elle semblait vivante, comme si elle était habitée d’une âme qui n’était plus la sienne. Dans le creux du coude, dans le repli des genoux, il sentit la peau vibrer, s’agiter, comme parcourut d’un frisson. Il souffla dessus, et elle suivit le mouvement que lui donnait le souffle, ondulant doucement, comme un voile à la fenêtre quand la brise se lève.

Ce qui l’étonnait était qu’elle fut intacte. Il n’y avait ni trou, ni déchirure, pouvant laisser comprendre comment cette peau s’était évadée de son corps, pour se retrouver ainsi, à côté de lui, sur le lit. Il la retourna, cherchant une fente, même dans un endroit discret, mais il n’en vit aucune, pas plus de trou que ceux que la nature créait naturellement. Et bien trop petits pour qu’un corps entier puisse glisser par cet endroit.

En l’observant ainsi, il remarqua une cicatrice qu’il s’était faite quelques années plus tôt, en tombant sur une pierre aiguisée. Il s’était ouvert la cuisse, assez profondément, juste sous la fesse, dans cet endroit qu’on ne peut jamais voir de soi, sauf à se rompre le cou. Plus d’une fois, après avoir été recousu, il avait touché la blessure, et sentait sous ses doigts une boursouflure. Cette fois il pouvait l’observer. Elle dessinait une sorte de vague en relief, petit boudin incrusté dans l’épiderme. Il en fut ému, comme si une partie de lui-même s’était enfui. Il essaya de la retrouver, en touchant cet endroit sur ce corps qui était toujours là, dans une nouvelle couverture. Mais la marque était bien partie.

Cette peau était bien plus que le reflet de sa vie, elle en était la mémoire, et il en fut d’autant plus troublé. Elle prenait à l’instant une toute autre valeur, comme un vieux journal rangé au fond d’un tiroir, puis retrouvé, laissant s’échapper entre ses feuillets des souvenirs épars. Comme ces albums de photos que l’on feuillette distraitement mais qui offrent chacun leurs madeleines de Proust. Une fois refermés, il laisse flotter un parfum de mélancolie.

 

Cette peau, il devait la protéger, elle n’était pas une partie de lui, elle était lui.

 

Il alla chercher un cintre arrondi, pour ne pas faire de creux ou de marques aux épaules, et il suspendit la peau. Il l’accrocha, assez haut pour qu’elle ne traîne pas par terre et ne se salisse dans la fine pellicule de poussière qui couvrait le parquet.

Il prit alors un linge doux, et un lait pour la peau. Et doucement, en mouvements circulaires habiles et délicats, il entreprit de traiter cette peau, afin de la conserver dans le meilleur état possible. Il insista un peu plus au niveau des aisselles. Souriant, il se souvint de la veille, chaude journée de juillet. Il avait transpiré et s’était couché sans se doucher, laissant une vague odeur âcre se dégager de cette partie intime de son corps. Il nettoya la peau jusqu’à ce qu’elle ne dégage plus que son odeur naturelle et retrouve de sa fraîcheur.

 

Alors, il s’assit, et s’admira, car finalement il s’agissait bien de lui. Plus que de l’admiration, il était fier et réjoui. Il avait enfin de quoi participer au concours. Tanneur de père en fils, il comptait se rendre à la foire agricole annuelle qui célébrait, entre autres, les plus belles tanneries, et les créations les plus originales. Jusqu’à son réveil, il ne savait pas encore quoi présenter, et il se désespérait. Il ne voulait pas déshonorer sa famille en étant le premier à ne rien pouvoir présenter.

Ses vœux étaient exaucés, miraculeusement. Le bulletin de participation trainait encore sur son bureau. Avec application, il le remplit, le mit sous enveloppe et le cacheta.

Se présenter lui-même ne pouvait être qu’un chef d’œuvre. Il était certain de pouvoir remporter le premier prix.

 ©P.V. mai 2011

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 08:29
Et que vivent les libertés...
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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 08:44

Pour fêter la Saint Claude....prenons un peu de plaisir.


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