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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

/ / /

Ah le printemps, ses pâquerettes, ses papillons, ses promesses, ses jupes qui raccourcissent (n'est-ce pas messieurs) ses terrasses de café...

Celle où je viens de le prendre, le dit café. 

Et les commentaires que nous ne pouvons nous empêcher d'entendre - Prune, sois honnête- d'écouter,le regard tourné vers un improbable horizon. Comme ces commentaires qui ont malencontreusement glissé jusqu'à mes oreilles, alors que mes voisines, jeunes femmes élégantes au demeurant, portaient des jugements sur leurs voisins, masculins cela va sans dire, de terrasse. 

 

Tout est dans la notation. Cela doit remonter à un traumatisme scolaire, ou à un trop grand nombre d’Ecole des fans avalé le dimanche quand nous étions petites. Il n’en demeure pas moins que nous ne pouvons faire autrement. Il nous FAUT noter. C’est indispensable, un repère plus qu’un jeu, une échelle de critères, aux variables évoluant avec les années.

Si, au QCM de notre bon goût (…), une majorité de critères sont remplis, si l’objet de notre jugement s’intéresse à nous au point de venir observer de près nos peluches, nous en tirons (à entendre au sens figuré) satisfaction et fierté. Et voilà.

Devant la glace, nous nous trouvons plus belle, plus jeune, plus souriante, plus glamour, et attention les yeux, c’est avec MOI qu’IL est, VOUS, il ne vous a MEME PAS regardées. Et toc.

Oh zut. C’est tout moi. Je laisserais entendre que les filles entre elles sont chipies. Pas du tout ; ça se saurait.

 

Toujours est-il que nous voilà, fiérotes et frimeuses, parce qu’on a décroché le pompon. Pompon évalué comme tel par nos pairs (et non nos mères ; celles-ci trouvent en général que Notre Pompon pourrait juste faire office de remplaçant sur le bonnet du marin. Et encore, les jours où elles sont aimables).

Et c’est au moment de l’évaluation que, déjà, tout se complique.

C’est là aussi, à ce moment même, que la reine Hypocrisie intervient. Pour la première fois. Et pas la dernière.

(Nous pourrions aussi accuser notre société occidentale et l’éducation judéo chrétienne qui nous obligent, pauvres et faibles femmes, à une certaine retenue. Pipi de chat. On est hypocrite, on se targue d’esthétique…et on n’en pense pas moins.)

Il est classique d’entendre les hommes, nos futurs éventuels pompons, dire à propos de certaines d’entre nous : « C’est juste une bombe ». (D’un autre côté si c’est JUSTE une bombe, c’est assez réducteur pour tout ce qui fait l’être humain : son intelligence, son caractère…).

D’autres, plus directs, diront « P*****, elle est bonne »  (voire bonnasse, éventuellement, selon les régions).

D’autres encore utiliseront divers adjectifs, de sexy à canon.

Le fond de leurs pensées est toujours le même ; comme un GPS dernière génération, leur cerveau se mettent en route, direction le lit, à 3 compliments vous êtes arrivés à destination.

C’est comme ça. Classique. Normal. Masculin. (Comment ça je schématise, généralise et exagère?)

 

Sauf que nous, nous toujours, pauvres et faibles femmes, nous sommes pareilles. Mais nous n’allons certainement pas le crier haut et fort (oh non, mon Dieu, pff, quelle horreur, regardez-la, elle ne pense qu’à ça, si c’est pas une honte j’vous jure petite dépravée…).

Nous le disons autrement. De l'art de la nuance. Ce qui met en scène un double langage. L’exprimé, et le pensé.

 

Démonstration : (En gras l’exprimé, en italique le pensé) (et attention, l’exprimé veut dire exprimé en public, devant d’autres pauvres et faibles femmes)

 

Il est pas mal – P***** le mec !

Je sais pas je l’ai pas vu – la s***** elle l’a vu

T’as vu comme il se la joue avec son costard… – ohhhh la classe je meurs…

Tu crois qu’elle est avec lui, la blonde ? – j’y crois pas, bonjour la pouf…

Ca va, suis pas désespérée au point d’avoir envie de lui parler ! – je suis désespérée et je veux qu’il me parle…

Non, ça ne me gêne pas qu’il se soit adressé à toi – ça te gêne si je t’éclate la gueule, là, en public ?

T’es mon amie et je suis heureuse pour toi – plus jamais, t’entends, plus jamais tu me parles. Et mon numéro de tel, bouffe-le

Je te souhaite tout le bonheur du monde – Crève !!!

Oh, il a des chaussettes blanches – Oh, il a des chaussettes blanches, bonjour le plouc…

Pas envie en ce moment, suis très bien toute seule – je déteste être seule, je déteste regarder la télé, je hais mon chat, et je ne veux pas finir vieille moche et fripée. Et l'introspection m'emmerde.

 

Quant aux notations que nous attribuons…officiellement, de manière déclarée, nous dirons « Oui, il a du charme, un joli regard, un sourire dévaaastateur. D'ailleurs, je suis dé-vas-tée. Sa voix est sublime et il s’habille bien. Et surtout, surtout, mais c'est le principal, il me fait rire. Et puis le physique, ça ne compte pas, hein?». Ca fait bien de parler comme ça. Ca fait sérieuse et responsable.

 

Mais nous penserons…pétard quel c..!. Le reste je ne vais pas l'écrire, vous pourriez être choqués.ca ressemble cependant étrangement à : "N’empêche que quand il veut il me fait grimper aux rideaux, le tour du manège complet, je signe avec lui, suis prête à devenir acrobate, là sur le champ."

 

En attendant, nous jaugeons. Gloussons. Comparons. Evaluons et soupesons. A chacune son petit carnet. 

Cela va sans dire, sans la notation, nous aurions une vie moins trépidante. 

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