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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:18

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J’ai pas fait exprès. J’ai glissé. Ca arrive à tout le monde. Le truc idiot, vous savez. Tout va bien, et puis, la glissade, le sol qui se dérobe, et la chute. Ridicule. Enfin, ça amuse le public. Mais je n’étais pas là pour le distraire, le public. Et les quatre fers en l’air, je le regarde, pitoyable rassemblement de moutons, dérisoires et pleutres. Vous ne me tendez pas la main, vous ne cherchez pas à m’aider. Et c’est tant mieux. Sur la main ainsi tendue, je pourrais aller cracher. Heureusement, je vous dégoûte.  Presque autant que vous me dégoûtez.

C’est normal. Je suis sale. Sali du temps. Sali de vos prétentions et de votre arrogance. Sali surtout par votre indifférence. Faites attention, vous pourriez tomber dedans, le pas est vite fait.

 

Poussez votre pied, vous, que je pose ma main. Je vais m’appuyer, sur ce trottoir, celui qui vient de me faucher, celui où j’ai pris ma nouvelle adresse et j’ai changé d’identité. Je ne sais plus quand. Un jour un matin, ou un soir, une nuit, un jour en fait, sans doute. Un jour de merde. Ca n’a pas été le seul, il a eu tellement de petits frères. Un jour où la société, votre société si bien cadrée, n’a plus voulu de moi. Un jour j’étais ailleurs, derrière un bureau, un autre la porte s’est refermée, on n’a plus de travail à vous donner, un dernier j’étais là, je n’en ai plus bougé. Combien de temps s’est-il passé ? Peut-être un mois, peut-être une année. On ne compte pas, quand on tombe. On tombe. On est aspiré.

 

Je sais ce que vous pensez. J’aurais pu l’éviter. Le trou. Ce putain de précipice dans lequel je me suis écrasé, avant de devenir la merde que vous contournez. Je l’ai dit avant vous. Quand, comme vous, je tournais la tête pour ne pas les voir, ces cloches qui hantent notre bitume, fossoyeurs de rêves, effrayants comme une armée de cancrelats. Quand je rentrais chez moi. Au chaud. Près d’elle qui était là. Qui avait fait un repas. Qui me tendait les bras.

Je l’ai dit avant vous.

Je me sentais protégé.

Une porte fermée. Une autre un jour, qui ne s’est plus ouverte. Barrée par les huissiers. Elle n’était plus là.

J’avais rien pour rester.

 

Eux…Eux, vos cauchemars, votre honte, mes amis. Eux, un soir, ils m’ont fait un signe et je me suis assis. On a bu, à la bouteille, y’a pas de verre dans la rue. On a bu, on a chanté, les flics ont débarqué, on a fini derrière les barreaux. Une fois, puis deux, puis trois. Je m’y suis habitué. Plu ? Faut pas exagérer. Vous savez pas ce que c’est que d’être là. Mais avec eux, j’ai plus rien à prouver. Juste essayer de rire, et de survivre, tant qu’on peut y arriver. Parfois on pleure, quand y’en a un qui meurt. Et puis on l’oublie. On boit à sa santé, on boit on sait plus pour qui, mais on sait pourquoi, toujours pour se réchauffer.

On boit, pour faire semblant d’exister. Ou pour oublier qu’on le fait.

 

Allez, barrez-vous, le spectacle est terminé.

Et laissez pas la monnaie pour le personnel, j’ai rien à demander, et y’aura pas d’autre visite guidée.

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 15:15

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Cher petit papa Noël.


Cette année je vais bien m'appliquer pour ma lettre parce que je crois que l'année dernière t'as rien comrpis ou sinon c'est que tu sais pas lire les gribouillages. Mais bon je peux pas t'en vouloir parce que t'es pas tout jeune et puis t'as beaucoup de travail à cause de nous alors peut-être que tu t'es embrouillé. Ou sinon comme c'était les grèves et bien peut-être les rennes ils ont été coincés avec un avion là-haut dans le ciel.
Enfin moi je t'en veux pas, je t'aime toujours mais j'ai quand même des choses à te demander et ça serait bien si cette année tu m'oubliais pas.

Déjà je voudrai voir un peu plus mon papa. Parce que mon papa il est jamais beaucoup là, il est dans un endroit qu'il aime bien parce qu'il y passe ses journées, ça s'appelle le Chaud Mage, ça doit être comme une maison pour les rois qui apportent les cadeaux au petit Jésus. Sauf que les rois ils apportent de l'or et de l'odeur qui sent fort je sais plus comment ça s'appelle et encore d'autres choses mais c'est compliqué comme noms. Alors que papa quand il rentre du Chaud Mage, il sent toujours très fort le vin et moi je veux bien qu'il fasse la fête avec ses amis mais ça serait gentil qu'il la fasse un peu avec moi.

 

Après aussi je voudrai que tu trouves le bon médicament pour ma maman, parce qu'elle est malade et à l'école ils ont dit pour cette maladie y'a des médicaments mais avec maman ils doivent pas bien marcher. Maman, elle se plaint tout le temps et elle crie très fort aussi, surtout quand papa rentre mais il peut pas l'aider c'est pas un docteur, sauf que je me demande quand même si c'est pas lui qui lui a donné la maladie. Maman quand elle voit papa qui rentre de sa fête au Chaud Mage elle est pas contente et elle lui dit va t'en va t'en ça me fout la rage de te voir. Moi je comprends pas elle devrait être contente maman que papa rentre et qu'il s'amuse avec ses amis mais les grandes personnes c'est pas comme nous ça sait pas vraiment être heureux pour les autres. Moi si mes amis allaient au Chaud Mage je serai contente pour eux, mais ils y vont pas et puis on boit pas de vin.

 

Bon faut aussi que je te demande pour mamie parce que des gens lui ont fait une blague et ils ont pris sa maison mais on sait pas où elle a été mise alors pour l'instant elle vit dans un endroit que j'aime pas beaucoup parce que y'a plein d'odeurs qui donnent mal au coeur. Ils disent que ça s'appellent une maison de repos mais là mamie elle doit être bien reposée depuis le temps qu'elle y est. Moi je sais parce qu'elle s'est tellement reposée qu'elle a plus rien à raconter alors elle raconte toujours la même histoire et c'est pas une histoire très drôle elle parle toujours de la guerre et des gens qu'elle aimait et qui sont morts. Après elle pleure et quand elle pleure elle a la même voix que moi, enfin la voix que j'ai quand maman dit qu'elle a la rage et qu'en plus je fais des caprices de bébé et que je pleure. 

 

Y'a encore pour mon petit frère. Il est un peu bête des fois et il m'énerve mais je l'aime quand même beaucoup. Et j'ai entendu que papa disait à maman cette année il aura pas de cadeau ou sinon ça restera ici c'est encore mon fric. Je sais pas ce que c'est le fric mais ça a l'air très important et je sais pas non plus où les cadeaux pourraient partir puisque nous on est ici. Mais ça doit être des histoires de grands et c'est pas très drôle les histoires de grands. 

Alors voilà c'est tout ce que je veux comme cadeau. Que mon petit frère il ait du fric, et que mamie on lui rende sa maison. Que maman elle soit guérie de la rage. Et que papa aille moins au Chaud Mage et nous refasse des calins.

Je t'embrasse très fort petit papa Noël que j'aime et ne te fatigue pas trop parce tu as beaucoup de travail.

Lea

Dis-moi, t'y allais toi au Chaud Mage quand t'avais l'âge de mon papa? 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 14:29

D''après l'invitation de Jacques Bens et Bertrand Jerôme. L'un des premiers à y répondre fut Georges Perec. Sa liste s'arrête à 37 : «Je suis arrivé à 37 ;  j'ai décidé qu'il y en aurait 37. Voilà.» 

Or sa liste n'en comporte que 36...

 

1/ sauter en parachute

2/ sauter pieds nus dans des flaques d’eau

3/ sauter d’un train en marche

4/ sauter sur une occasion

5/ sauter du coq à l’âne sans m’en rendre compte

6/ sauter un repas

7/ sauter cent fois à la corde sans m’arrêter

8/ sauter d’un livre à l’autre sans complexe

9/ sauter dans le vide et retomber sur mes pattes, comme un chat

10/ sauter la 3/, elle est idiote

11/ manger des sauterelles grillées

12/ manger un plat de nouilles avec des vieux chinois

13/ lire entre des lignes écrites à l’encre sympathique

14/ apprendre le braille

15/ apprendre le morse

16/ aller nourrir des otaries

17/ danser avec des loups

18/ danser la carmagnole

19/ danser dans la forêt un soir de pleine lune

20/ rouler des cigares à Cuba

21/ rouler ma bosse sur des chemins de traverse

22/ faire du saut à la corde sur la grande muraille de Chine

23/ faire une marelle sur la Place Rouge

24/ saluer le dernier des Mohicans

25/ trouver le nom du soldat inconnu

26/ rendre à César ce qui lui appartient

27/ rendre la clé des champs

28/ prendre un cours côté jardin

29/ croire au Père Noël

30/ jouer de la flûte à un paon

31/ jouer les Femmes savantes sans être ridicule

32/ poser des questions au Sphinx

33/ ne pas écouter les réponses

34/ voler le chapeau d’un Horse Guard

35/ le confier à un ours polaire

36/ donner un briquet à la petite fille aux allumettes

37/ transformer un prince en crapaud

38/ apprendre le suédois pendant une nuit blanche

39/ faire le voyage de Phileas Fogg

40/ être sauvage un vendredi

41/ regarder de l’autre côté du miroir

42/ voyager au bout de la nuit

43/ réconcilier le jazz et la java

44/ valser sur un pont avec les demoiselles d’Avignon

45/ offrir un nouveau pot à Perrette

46/ faire un bœuf avec une grenouille

47/ mener une mouche en bateau

48/ faire un détour à Pise

49/ faire la route 56 en Harley et te reconnaître

50/ refaire la liste

 

 

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Crédit photo : Julia Fullerton

 

 

 

 

 


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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 10:35

 

Je me retournerai souvent 

Les souvenirs sont cors dechasse 

Dont meurt le bruit parmi le vent.

Guillaume Apollinaire

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Crédit photo Sally Man

 

 

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:30

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Crédit photo Tim Walker

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:33

Vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas la question.

 

Je suis là devant vous. Vous vouliez me voir, me rencontrer. Me connaître. Je me suis présenté à vous. Devant vous. Je vous ai dit de moi tout ce qu’il y a à savoir. Je vous ai parlé de tout, de mon travail, de ma maison, de ma femme, de mes trois enfants. Du petit dernier surtout, qui marche à peine. Qui est si tendre. Dans lequel j’aime tellement me retrouver.

 

Je vous parle des deux autres. Avec qui je passe tant de temps, dont je suis aussi proche que je le peux. Les fins de semaine ne sont pas assez longues, je n’ai pas le loisir d’en jouir comme je le voudrais. Mon épouse jalouse ces moments d’intimité que j’ai avec les aînés. Sans s’y opposer.

Nous avons des activités. Une que j’apprécie, en particulier, est de les emmener au parc. Les voir y courir, s’y cacher, et me retrouver. Nous y jouons. Des jeux d’enfants. Je les regarde vivre, s’amuser. Avec moi. Avec d’autres enfants. Ils sont heureux.

 

Quand nous avons bien joué, nous allons chercher des gaufres, ou des glaces, selon la saison. Tous les trois. En nous donnant la main. Si d’autres enfants, leurs amis de l’après-midi, en veulent, je leurs en offre. Pourquoi priver un enfant de plaisir ? Pour me remercier, ils me font un bisou. Et je leur rends. Un bisou, un simple baiser, sur le front. Je passe ma main dans leurs cheveux, les tiens un peu contre moi. Je leurs fais un autre bisou, parce que c’est tellement touchant, lorsque leurs petits yeux deviennent brillants. Un câlin, dans leur petit cou.

 

Avez-vous déjà prêté attention à un cou d’enfant ? C’est comme une pêche. La peau de la pêche…Veloutée, duveteuse. Si ferme et si douce à la fois. On la goûte du bout de la langue, on s’aventure un peu plus, pour en apprécier le parfum. On la tient dans le creux de la main, on peut la passer contre sa joue, c’est si agréable. Avant de croquer dedans, pour en apprécier toute la pulpe,  tout le jus, le sentir couler sur ses lèvres, dans sa gorge…N’est-ce pas délicieux, une pêche ?

 

Ils aiment ça, les enfants. Ils aiment les câlins. Je le sais bien, je le vois avec les miens. Ils ne les refusent jamais, le soir, quand je peux aller les voir. J’ai tellement d’amour en moi, pour mes enfants, pour tous les enfants, pourquoi ne pas les en faire profiter ?

Et c’est à ce sujet que vous m’interrogez.

 

Ce n’est que de l’amour, Monsieur le Président. Que de l’amour que je donne à tous ces enfants. L’amour, ça peut, ça doit se partager.

Je vois vos yeux qui s’écarquillent. Vous ne voulez pas comprendre. Sans doute ne le pouvez-vous pas.

 

En refusant de m’écouter, en refusant d’admettre ce que je cherche à vous expliquer depuis que vous me questionnez, c’est l’amour lui-même que vous mettez au banc des accusés.

 

Aussi, quand vous me dîtes : « Etes-vous conscient de ce que vous avez fait à ces enfants ? », vous me pardonnerez, mais je ne comprends pas la question.

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 16:40

On ne sait pas combien de temps dure une seconde. Une seconde, peut-être deux, ou dix, pas plus. Une seconde, c’est parfois infiniment long. Et de cet infini, on ne fait qu’en guetter la fin.

 

Deux ou trois notes de musique, une chanson. Un rire. Dans le rétroviseur,  un sourire plein de petites dents blanches, faudra les laver ce soir, oui promis, c’était bien aujourd’hui, oui c’était bien, vous pouvez dormir, le soleil va se coucher aussi.

Un éclair de soleil entre deux nuages, il tape sur la flaque, sur la route encore mouillée, c’est la fin de l’été, ça fait naître les parfums de l’automne. Ouvrir un peu la fenêtre, et respirer.

 

Un autre éclair.

 

Et une seconde. Peut-être deux, ou dix.

De la terre. De la terre plein les yeux. Une goutte, deux, trois, un crissement infini, résonne, résonne encore, résonne en rouge, de la terre plein la bouche au goût de vomi, de la terre devenue rouge et le verre qui s’y colle, en éclairs éclatés, et des prunelles dans le rétroviseur, des prunelles qui crient la peur. Un craquement, une seconde, un autre encore, le temps joue avec la mort, deux secondes, glissade non contrôlée, rétroviseur vidé de prunelles, arraché, trois secondes, rien ne s’arrête, dix secondes.

Stop. 

Silence.

 

Maman…Maman !...

C’est rien. On a eu un accident.

 

Il y a dix secondes, on avait oublié qu’on était vivant.

On sait combien de temps dure une seconde. Le temps de se le rappeler.

 

 

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 15:20

Et lorsque vous serez étouffés de honte, lorsque le remord vous fera vomir, lorsque les regrets pollueront vos nuits,

Lorsque le bilan de lui-même se fera, vidant la colonne de vos crédits,

Lorsque vous n’aurez plus de grain à donner à vos mensonges, et à vos calomnies,

Lorsque vous serez atteints par la rumeur et la diffamation, qu’elles vous colleront à la peau, laissant la trace et l’odeur de la pourriture,

Lorsque vos cœurs seront trop secs pour laisser parler vos yeux et que des bouches de vipères que vous avez ouvertes, il ne sortira plus que ces cailloux des contes, écrasant vos pieds, vous ensevelissant lentement dans les décombres de ce que certains qualifiaient d’esprit,

Lorsqu’autour de vous le monde se sera vidé, que vous en serez encore à chercher sur qui cracher, que seul le vent vous renverra vos crachats à la figure,

Ne venez pas me chercher.

 

Ne vous dites pas que je vous aurai oubliés. Je ne prendrai aucun plaisir à vous regarder, pustules vivantes, furoncles de ce que certains appellent encore l’humanité. Je n’en rirai pas, ni n’en sourirai, il n’y aura ni satisfaction ni revanche à en tirer.

 

Je serai ailleurs. Ne venez pas me chercher. A l’instant, je ne suis encore qu’agacée. Aussi, si je peux encore vous offrir un conseil d’amie, restons-en là.

 

Vos excuses puent autant que votre jalouse vanité.

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 10:19

Tout, ou presque, s’est passé comme je le souhaitais. J’ai  à peine hésité. Il est vrai que j’ai fait preuve de plus de douceur que précédemment. A l’instant, je suis soulagé, satisfait, heureux.

Ce soir est la quatrième fois. En quatre mois.  Ça n’est pas beaucoup, malgré cette indéniable régularité. D’autres seraient de toute évidence bien plus performants. Cela dit, je ne fais aucun concours. Je ne me suis pas fixé de challenge. Je préfère prendre mon temps. C’est normal, je suis perfectionniste. Je déteste gâcher mon plaisir par précipitation.

 

Il est vrai que mes débuts ne se sont pas passés comme je l’imaginais. Je m’étais pourtant informé, documenté, sur le sujet. Je peux affirmer, sans prétention, avoir lu tout ce que la littérature comporte comme ouvrages sur le sujet, pouvant me permettre d’y exceller.

Pourtant, je n’en ai tiré aucune jouissance. A peine une légère satisfaction. Brusque, vite agacé de ne pas obtenir ce que je voulais, j’en suis  ressorti frustré. Impatient de la fois suivante. Laisser mes mains glisser à nouveau, vagabonder, chercher le creux, le pli les plus à même de recevoir mes doigts. Sentir son souffle contre ma peau. Observer ses yeux, les fixer alors que le regard se transforme, se trouble, se fond dans le mien jusqu’à disparaître. Sentir son corps tendu, cambré, jusqu’à l’abandon final.

 

Frustré, mais pas déçu.

La première fois est un essai, une mise en jambe. Une découverte surtout. Théoriquement, j’étais au point. Pratiquement, je n’y connaissais rien. J’ai eu, à tort, cette fougue du débutant. Sautant des étapes pour atteindre plus vite mon but. J’avais beau savoir ce que je devais faire, je n’ai pas pu me contrôler. Je le regrette. J’en ai tiré une leçon : La rapidité nuit à la jouissance.

La deuxième fois fut bien plus agréable. Indéniablement. J’ai commencé à prendre conscience, ce soir-là, de l’importance du partage. De l’échange. Du plaisir qui grandit d’autant que ma partenaire répond à mes gestes, à mes espoirs. Je lui ai demandé de rester silencieuse, ayant encore du mal à être spontané. Ma concentration ne souffre pas le moindre bruit. L’entendre gémir, crier, ou simplement parler, m’était quasi insupportable. Quand elle a compris que le moindre son m’énervait, sans m’exciter, elle a accepté de se taire. Je me suis cette fois encore comporté comme un étudiant appliquant un cours. En me souciant cependant moins de la perfection de mes gestes. Leçon numéro 2 : le silence accroît mon plaisir.

 

La troisième fois me procura plus de sensations encore. De sensations positives, j’entends. Je savais comment agir. Je savais par où aller, quelle attitude avoir, quels mots utiliser. Bien plus détendu, je réfléchissais moins. Et fut surpris de découvrir à quel point le plaisir augmente avec la spontanéité. Leçon numéro 3 : spontanéité et naturel sont indispensables pour jouir de l’instant.

 

Ce soir, sans avoir atteint l’orgasme (tout du moins je ne crois pas, car les descriptions que j’en ai lues sont encore éloignées de ce que je ressens à l’instant), je connais cette vague qui inonde mon corps, me fait tressaillir, comme une vibration électrique. Une décharge, du bas de la colonne jusqu’à la racine des cheveux. Sentiment d’épuisement, de langueur, mais surtout, essentiellement, de puissance totale, d’invincibilité, d’immortalité. J’aime. J’ai d’autant plus envie de recommencer, vite.

 

Je la regarde.

Elle est couchée, les bras étrangement écartés du corps, l’un presque tendu vers moi, dernière requête avant la fin, bien qu’immobile. Elle semble disloquée. Etrange. Je tourne la tête vers la droite, puis la gauche, sans la quitter des yeux. Je ne regarde pas son visage. Seule, la position de son corps m’intéresse. Elle ressemble à une figure géométrique. C’est beau. Nouvelle leçon : le plaisir des yeux augmente d’autant la jouissance.

 

La prochaine fois sera parfaite. J’en suis convaincu. Je ne pourrai pas l’attendre longtemps.

 

J’essuie mon couteau. Je l’ai enfoncé quatre fois dans sa chair tendre. A quatre endroits différents. Les quatre points cardinaux ; le ventre, les poumons, le cœur, le sexe.

 

Je vais boire une bière. Frôler l’orgasme donne chaud.

 

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