Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

  • : Prune Victor
  • Prune Victor
  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
  • Contact

VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

images-1

Recherche

ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 17:46

 

- Tu es perdue ?

 - Non, je me repose un peu.

- Tu me le dirais si tu étais perdue ?

- Je ne sais pas, on ne se connaît pas. Et tu as une drôle de tête. Oui, tu as une tête très amusante. Mais tu ne te coiffes jamais ?

-  Me coiffer ? A quoi ça sert de se coiffer ?

- Ca sert … ça sert à avoir l’air bien élevé. A avoir une jolie allure. A ne pas passer pour un va-nu-pieds.

-  Ah. Ca t’a aidée, toi, d’être coiffée ?

-  Non, en fait ces derniers temps, pas beaucoup. Même devant la Reine.

-  La Reine ? Tu as vu une reine ?

-  Oui, dans son jardin. Mais une vilaine reine. Une reine très cruelle. Alors il a fallu que je parte et que je coure, très longtemps.

 - Donc, maintenant tu es perdue.

- Tu m’ennuies. Je te dis que je ne suis pas perdue, je me repose. De toute façon avec toi je n’irai nulle part. Tu es trop sale, tu t’agites dans tous les sens, et tu es trop curieux. Et arrête de voler comme ça autour de moi. C’est très mal élevé. Ta maman ne te l’a jamais dit ?

- Je n’ai plus de maman.

- Oh c’est triste. Tu es triste ?

- Non, pas très. Je n’ai pas le temps. Tu sais, j’ai des journées très remplies. J’ai beaucoup d’autres enfants qui comptent sur moi. Et puis y’a cet idiot de capitaine qui n’aime pas les plaisanteries et qui cherche toujours à se battre avec moi.

 - Il joue au croquet ?

- Qu’est-ce que tu racontes ? Un pirate ça ne joue pas au croquet. T’es vraiment une fille, ça réfléchit pas les filles. Ca met des rubans et ça fait la coquette, mais ça ne réfléchit jamais, ça ne sait ni faire des plans, ni construire des cabanes.

- Dis, je ne t’ai rien demandé. C’est toi qui viens me parler, et en plus tu es grossier maintenant. Oh, tu peux bien me tourner le dos, et prendre ce petit air arrogant en croisant les bras, je m’en moque. Et j’étais là avant, je ne bougerai pas.  

-  Regarde-toi. C’est toi qui croises les bras et me tourne le dos…

-  Où voulais-tu m’emmener ?

-  Chez moi, dans mon pays.  

-   Il est grand, ton pays ?

-  Plus grand que tu n’es capable de l’imaginer. Et rempli de surprises, tellement que tu ne peux y croire.

-  Tu sais, il n’y a plus grand chose pour me surprendre, maintenant. 

-  Alors tu pourrais venir avec moi. Je te montrerai où s’endorment les sirènes.

-  Tu en connais ?

- Oui. Je connais aussi des indiens qui chantent quand la lune se réveille. Je connais une fée qui apprend à voler. Et des enfants qui chassent les animaux sauvages et aiment qu’on leur raconte des histoires.

-  Je connais beaucoup d’histoires. J’ai beaucoup d’aventures à raconter.

-  Ce ne sont pas des histoires d’amour ? Je n’aime pas les histoires d’amour.

- Tu ne m’écoutes pas ! Je te dis que ce sont des aventures. Et je veux bien vous les raconter, à toi, et aux autres enfants.

- Alors je vais te prendre par la main, et nous allons y aller. Tiens, regarde, un lapin blanc à l’air bien pressé !

- Oui, il est en retard. Ne lui parle pas, il ne prendra pas le temps de te répondre. Avant que nous partions en voyage, tu veux un gâteau ?

 

 

Comme il était gourmand, Peter prit le biscuit qu’Alice lui tendait. Il ferma les yeux pour le gouter. Quand il les rouvrit, il essaya de se rappeler où il devait aller. Mais il avait oublié le pays imaginaire.

La fillette lui tenait la main, et avait l’air désappointé.

 

-  Monsieur, n’auriez-vous pas vu passer un lapin blanc ?

 

 

 

url-9-copie-1.jpg

 

Repost 0
Published by Prune Victor - dans LES INTERDITS
commenter cet article
14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 12:28

-       Baise-moi.

-       Pourquoi ?

-       Pour que je me sente vivante.

-       Je ne suis donc là que pour ça.

-       Non. Tu es là parce que je t’aime.

-       Mais tu te sens morte …

-       Morte, ou endormie, je ne sais pas.

-       L’un est triste, l’autre mélancolique.

-       Tu ne baises ni la tristesse ni la mélancolie ?

-       Je ne baise pas tes larmes, je les ai séchées d’un baiser. Je ne baise pas tes soupirs et tes silences, je les ai fait naître.

Pose ta bouche sur ma main, que je puisse y glisser mes doigts.

-       Tu ne me donnes que tes doigts ?

-       Je te donne ce que ton corps attend.

-       Il attend plus.

-       J’aimerais tellement lui donner plus. Sentir encore le grain de ta peau se réveiller sous ma caresse. Glisser mon cou dans ton souffle et l’y réchauffer. Me fondre dans sa chaleur, dans sa moiteur. M’y perdre pour mieux vivre.

-       Pourtant tu te retiens, tu ne fais rien.

-       Tu sais bien que je ne peux plus. Regarde comme j’ai froid. Touche-moi. Mes lèvres sont glacées. Mes yeux te devinent mais ne te voient plus. Mon ventre est vidé de désirs et d’envies. En asséchant ton cœur, ils ont brisé le mien.

-       Laisse-moi goûter de ma langue ce qui coule encore de toi.

-       Ces dernières gouttes, bientôt glacées, figées, comme je le suis déjà.

-       Ces dernières gouttes qui t’ont emportées m’emporteront aussi. Regarde, je tiens ta lame entre mes mains, contre mon cœur, contre ma chair. Je vais la laisser me pénétrer, avant de te rejoindre.

-       Ne fais pas ça. Tu peux vivre …

-       Oui. Allongée près de toi. Pour l’éternité.

 

Juliette s’est penchée, a embrassé une ultime fois son amant.

Quand le poignard s’est enfoncé dans son sein, elle a crié son dernier orgasme.

 

 

Extrait des Interdits de Shakespeare.

 

url-7-copie-1.jpg

 

 

 

 

Repost 0
Published by Prune Victor - dans LES INTERDITS
commenter cet article