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  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
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Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

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ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 21:01

Il y a encore quelques temps, c’était un désert où tentait de naître une oasis peu luxuriante. Régulièrement, les arbustes qui y poussaient semblaient arrachés, emportés par le vent ou par la main d’une déesse trop peu priée. Les saisons passaient, parfois sèches, parfois humides. Dans cette partie du monde les inondations étaient rares, les visites et les séjours peu fréquents. Un touriste parfois s’arrêtait. Allongés près des maigres buissons, ils ne prenaient plaisir ni à leur ombre, ni à leur toucher. Trop courts, trop sauvages, comme des résineux ils devenaient piquants. Le touriste repartait, et si de son voyage il conservait un bon souvenir, aucun ne prit la peine de vouloir entretenir cette végétation timide et malingre, cette terre qui se protégeait par son aridité.

Un jour, un étranger s’y arrêta. Son chemin ne pouvait aller plus loin à l’instant. Il souffrait, non de maladie, non d’amour, mais des pieds. C’était ainsi et c’était sa plus grande souffrance. Sans ses pieds, il ne pouvait aller nulle part. Et s’il ne pouvait avancer, il se sentait mourir.
Il se déchaussa, ôta ses chaussettes, s’assit et glissa ses orteils, puis la plante jusqu’au talon, dans le sable chaud et accueillant. C’était comme une caresse, entre souffle et baiser.
Il avait chaud. Il se déshabilla entièrement.
Allongé sur cette couverture ocre, il ferma les yeux comme s’il trouvait du repos sur un vaste duvet. Son corps s’enfonça lentement, les grains de sable y trouvaient une place. Sur son ventre, dessinant des spirales, sur son cou, légers comme la tendresse, entre ses cuisses, sable curieux et indiscret. Il se détendait sans s’endormir. Ce contact inconnu et soudain si naturel le fit soupirer.

Il ne l’avait pas encore vu. Près de son ventre se tenait un arbuste, un de ces arbustes bien fragiles. Touché à sa vue, il tendit la main vers lui, le caressa, le flatta du tronc à la racine. L’arbuste, surpris, voulut se cacher. Mais l’étranger aimait soudain cette nature sauvage et mal connue. Il lui parla, lui contant l’histoire de ces forêts tropicales à l’abri desquelles on se pose et se repose. Blotti à l’ombre de leurs feuillages, on perçoit la rosée matinale, on prend l’eau qui jaillit de ses sources, on y plonge à deux mains pour mieux la boire, pour mieux la savourer, la laissant couler des lèvres à la bouche grande ouverte. On croque ses fruits, leur jus fruité et sirupeux nourrissant les plus assoiffés, les plus affamés.

L’arbuste devenait docile, apaisé par les mots et les caresses de l’étranger.
Quand la nuit finit par tomber, l’homme qui n’était plus si étranger ferma à nouveau les yeux, posant sa bouche sur le tronc si maigre. Il resta ainsi longtemps. Il trouvait le calme dont il avait besoin.
Au matin, plus vigoureux, il sentit le sable le caresser encore. Ses lèvres s’écartèrent de l’arbuste, il se retourna, plaquant son torse contre cette chaleur terrestre, et repris l’arbuste contre sa bouche. Le long de sa langue de la salive se mit à perler, et avec ses gouttes, il donna à boire à l’arbuste. Le sable s’enroulait autour de lui, il s’y enfonçait, pénétrant ce territoire inconnu sans crainte, comme le voyageur qui retrouve enfin sa maison. Se soulevant légèrement, il se laissa retomber, pour aller encore plus loin au creux de la dune.

Il resta ainsi plusieurs jours et plusieurs nuits. La lune venait puis se cachait, sans jamais être loin. Des doigts il aurait pu la toucher, mais il hésitait encore à le faire.
Un matin pourtant, alors qu’elle ne lui envoyait plus que son ombre, il tendit la main. Elle se lova dans cette paume accueillante, se donnant complètement, nue et rassurée.
Ses yeux s’ouvrirent enfin. L’arbuste avait grandi, s’était étoffé, s’était modifié. Ce n’était plus un arbuste mais des buissons entiers contre lesquels se tenait son visage. Il enfouit son visage à l’intérieur de cette étrange forêt et goûta les premières rosées qui lui étaient offertes. Il sentit leur caresse, et elle lui rappela le velours soyeux d’autrefois. Il tendit la langue, reçut complètement l’offrande qui lui était faite. Son corps avait épousé le sable.

Il était entré en terre inconnue. Il l’avait apprivoisée, lui rendant sa beauté naturelle et rassurée. Et il s’y installa …

 

 

(daté du milieu du XIVe siècle)

 

 

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 10:53

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Ne pas y aller. Ne pas se mouiller. Vulgaire ? Non, jamais. Consciente insconsciente, sans raison et sans doute. Ne pas pénétrer dans cette vase si noire et si profonde qu'elle m'absorberait. Ne pas s'y noyer.

De l'autre côté il y a la vérité ou le rêve. Le rêve c'est à l'abri des yeux qu'on y a droit. On les ferme, le film peut se dérouler. 

 

Je m'assieds sur ma rive encore humide. Il y a eut la crue. Il ne reste rien que l'eau stagnante. Ce parfum qui vient d'en face ou d'ailleurs. Et ce chien, méchant gardien qui me mord lorsque je tente de passer. A chaque fois que j'ai voulu partir, il a montré les dents, a grogné et m'a arrêtée. 

Passer, je veux passer. 

Je sais tout, sur tout. J'ai vu tout ce que le monde peut donner à voir, à l'exception de ce qui se tient en face. Si je dois faire un dernier voyage, c'est là que je veux aller. Je demande le droit de choisir le moment. Plusieurs fois j'ai voulu, mais maudit chien ! qui de ses dents et son regard m'a stoppée. Jamais je n'ai pu finir ma traversée. 

 

Je reste assise là. Je fixe calmement un point sur l'autre rive. Je n'ai plus rien à attendre d'ici. Je prends une ultime inspiration. Je ferme les yeux.

 

Le chien semble  assoupi. 

 

Je me lève. 

Et j'avance.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 07:05

Et de la vie avant toute chose.

De la vie, de celles des roses,

Qui ,fragiles, s’éveillent au baiser

De la perle que l’aube vient déposer

Sur leurs pétales endormis.

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 17:43

Et je vis un jardin refleurir.

Le jardinier se jouait des saisons.

Il s’amusait à tromper la raison

En réveillant ce qui semblait dormir. 

 

 

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