Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

  • : Prune Victor
  • Prune Victor
  • : P.S. PRUNE est le blog de Prune Victor. Insolent, licencieux, torturé, amoureux, tendre, colérique, décapant, corrosif et en ligne(s)
  • Contact

VENTS CONTRAIRES.NET

 

Et les textes chez Vents Contraires, la revue collaborative du Théatre du Rond Point

images-1

Recherche

ANGOISSE ...

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse, 
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, 
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Mallarmé


Notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie. 

Si nous commencions ? 

Albert LONDRES

Chez les fous

(ed. Arléa)

22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 17:03

Il est un jeu divertissant sur tous,
Jeu dont l’ardeur souvent se renouvelle ;
Ce qui m’en plaît, c’est que tant de cervelle
N’y fait besoin, et ne sert de deux clous.
Or, devinez comment ce jeu s’appelle.
Vous y jouez, comme aussi faisons-nous :
Il divertit et la laide et la belle :
Soit jour, soit nuit, à toute heure il est doux ;
Car on y voit assez clair sans chandelle.
Or, devinez comment ce jeu s’appelle.
Le beau du jeu n’est connu de l’époux ;
C’est chez l’amant que ce plaisir excelle :
De regardants, pour y juger des coups,
Il n’en faut point, jamais on n’y querelle.
Or devinez comment ce jeu s’appelle.
Qu’importe-t-il ? Sans s’arrêter au nom,
Ni badiner là-dessus davantage,
Je vais encor vous en dire un usage,
Il fait venir l’esprit et la raison.
Nous le voyons en mainte bestiole.
Avant que Lise allât en cette école,
Lise n’était qu’un misérable oison.
Coudre et filer, c’était son exercice ;
Non pas le sien, mais celui de ses doigts ;
Car que l’esprit eût part à cet office,
Ne le croyez ; il n’était nuls emplois
Où Lise pût avoir l’âme occupée :
Lise songeait autant que sa poupée.
Cent fois le jour sa mère lui disait :
Va-t’en chercher de l’esprit, malheureuse.
La pauvre fille aussitôt s’en allait
Chez les voisins, affligée et honteuse,
Leur demandant où se vendait l’esprit.
On en riait ; à la fin l’on lui dit :
Allez trouver père Bonaventure,
Car il en a bonne provision.
Incontinent la jeune créature
S’en va le voir, non sans confusion :
Elle craignait que ce ne fût dommage
De détourner ainsi tel personnage.
Me voudrait-il faire de tels présents,
À moi qui n’ai que quatorze ou quinze ans ?
Vaux-je cela ? disait en soi la belle.
Son innocence augmentait ses appas :
Amour n’avait à son croc de pucelle
Dont il crût faire un aussi bon repas.
Mon Révérend, dit-elle au béat homme,
Je viens vous voir ; des personnes m’ont dit
Qu’en ce couvent on vendait de l’esprit :
Votre plaisir serait-il qu’à crédit
J’en pusse avoir ? non pas pour grosse somme ;
À gros achat mon trésor ne suffit ;
Je reviendrai, s’il m’en faut davantage ;
Et cependant prenez ceci pour gage.
À ce discours, je ne sais quel anneau,
Qu’elle tirait de son doigt avec peine,
Ne venant point, le père dit : Tout beau ;
Nous pourvoirons à ce qui vous amène,
Sans exiger nul salaire de vous :
Il est marchande et marchande, entre nous :
À l’une on vend ce qu’à l’autre l’on donne.
Entrez ici, suivez-moi hardiment ;
Nul ne nous voit, aucun ne nous entend :
Tous sont au chœur ; le portier est personne
Entièrement à ma dévotion.
Et ces murs ont de la discrétion.
Elle le suit ; ils vont à sa cellule.
Mon Révérend la jette sur un lit,
Veut la baiser ; la pauvrette recule
Un peu la tête ; et l’innocente dit :
Quoi c’est ainsi qu’on donne de l’esprit ?
— Et vraiment oui, repart Sa Révérence ;
Puis il lui met la main sur le téton.
Encore ainsi ? — Vraiment oui ; comment donc ?
La belle prend le tout en patience :
Il suit sa pointe, et d’encor en encor
Toujours l’esprit s’insinue et s’avance,
Tant et si bien qu’il arrive à bon port.
Lise riait du succès de la chose.
Bonaventure à six moments de là
Donne d’esprit une seconde dose.
Ce ne fut tout, une autre succéda ;
La charité du beau père était grande.
Eh bien, dit-il, que vous semble du jeu ?
— À nous venir l’esprit tarde bien peu,
Reprit la belle ; et puis elle demande :
Mais s’il s’en va ? — S’il s’en va ? nous verrons ;
D’autres secrets se mettent en usage.
— N’en cherchez point, dit Lise, davantage ;
De celui-ci nous nous contenterons.
— Soit fait, dit-il, nous recommencerons
Au pis aller, tant et tant qu’il suffise.
Le pis aller sembla le mieux à Lise.
Le secret même encor se répéta
Par le pater ; il aimait cette danse.
Lise lui fait une humble révérence,
Et s’en retourne en songeant à cela.
Lise songer ! quoi ? déjà Lise songe !
Elle fait plus, elle cherche un mensonge,
Se doutant bien qu’on lui demanderait,
Sans y manquer, d’où ce retard venait.
Deux jours après, sa compagne Nanette
S’en vient la voir : pendant leur entretien
Lise rêvait : Nanette comprit bien,
Comme elle était clairvoyante et finette,
Que Lise alors ne rêvait pas pour rien.
Elle fait tant, tourne tant son amie,
Que celle-ci lui déclare le tout :
L’autre n’était à l’ouïr endormie.
Sans rien cacher, Lise de bout en bout,
De point en point, lui conte le mystère,
Dimensions de l’esprit du beau père,
Et les encore, enfin tout le phébé.
Mais vous, dit-elle, apprenez-nous de grâce
Quand et par qui l’esprit vous fut donné.
Anne reprit : Puisqu’il faut que je fasse
Un libre aveu, c’est votre frère Alain
Qui m’a donné de l’esprit un matin.
— Mon frère Alain ! Alain ! s’écria Lise,
Alain mon frère ! ah ! je suis bien surprise ;
Il n’en a point, comme en donnerait-il ?
— Sotte, dit l’autre, hélas ! tu n’en sais guère :
Apprends de moi que pour pareille affaire
Il n’est besoin que l’on soit si subtil.
Ne me crois-tu ? sache-le de ta mère ;
Elle est experte au fait dont il s’agit ;
Si tu ne veux, demande au voisinage ;
Sur ce point-là l’on t’aura bientôt dit :
Vivent les sots pour donner de l’esprit !
Lise s’en tint à ce seul témoignage,
Et ne crut pas devoir parler de rien.
Vous voyez donc que je disais fort bien
Quand je disais que ce jeu-là rend sage.

 

 

biblio2-copie-1.jpg©Manuel Robbe - 1906

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 15:14

Aurélie de Faucamberge tint salon de 1915 à 1948 (année de son décès) au 20 rue du Printemps, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Se consacrant à l’aide et la défense de jeunes poètes, elle y recevait gens de lettres, d’arts et du monde.

Ainsi l’on pouvait y croiser, par exemple, Jean Cocteau, Max Jacob, Guillaume Apollinaire.

Elle avait pour époux Alfred Mortier, qui succéda à son sans doute regretté défunt premier mari, le peintre Cyrille Besset.

En 1924, elle publie un essai, ce qui n’est pas son seul ouvrage, Le Drame d’être deux, texte à quatre mains dont les deux autres se trouvent être celles de Han Ryner. Quant à l’élaboration de cet essai, elle la narre dans son journal, dont la Corne de Brume, dans son numéro 5 parue en octobre 2008, rapporte des extraits.

 

Femme de lettres, féministe, est-ce pour celui-ci ou celui-là de ses attributs qu’elle n’eut pas l’heur de plaire au misanthrope misogyne qu’était Paul Léautaud ? L’évidence en tout cas est qu’il ne la portait ni dans son cœur ni en haute estime. Aussi, lorsqu’il prit pour compagnie une oie, qui vint s’installer à Fontenay aux côtés des chiens, chats et autre guenon bien-aimés de l’écrivain, il donna au volatile le nom de celle dont il se moquait.

 

On en conclura aisément que Léautaud portait attention à l’esprit de l’oie.

 

 

url-8.jpg

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 16:21

 

url-7.jpg

Gerard SCHLOSSER

 

 

 

 

Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c'est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu'il fasse mourir !

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 12:34

 

url-1-copie-1.jpg

 

 

J'ai peu vécu de la vie terrestre, où j'étais noir. Noir entièrement, sans tâche blanche au poitrail, ni étoile blanche au front. Je n'avais même pas ces trois ou quatre poils blancs, qui poussent aux chats noirs dans le creux de la gorge, sous le menton. Robe rase, mate, drue, queue maigre et capricieuse, l'oeil oblique et couleur de verjus, un vrai chat noir.

Mon plus lointain souvenir remonte à une demeure où je rencontrai, venant à moi du fond d'une salle longue et sombre, un petit Chat blanc; quelque chose d'inexplicable me poussa au-devant de lui, et nous nous arrêtâmes nez à nez. Il fit un saut en arrière, et je fis un saut en arrière en même temps. Si je n'avais pas sauté ce jour-là, peut-être vivrais-je encore dans le monde des couleurs, des sons et des formes tangibles.

Mais je sautais, et le Chat blanc crut que j'étais son ombre noire. En vain j'entrepris, par la suite, de le convaincre que je possédais une ombre bien à moi. Il voulait que je ne fusse que son ombre, et que j'imitasse sans récompense tous ses gestes. S'il dansait je devais danser, et boire s'il buvait, manger s'il mangeait, chasser son propre gibier. Mais je buvais l'ombre de l'eau, et je mangeais l'ombre de la viande, et je me morfondais à l'affût sous l'ombre de l'oiseau...

Le Chat blanc n'aimait pas mes yeux verts, qui refusaient d'être l'ombre de ses yeux bleus. Il les maudissait, en les visant de la griffe. Alors je les fermais, et je m'habituais à ne regarder que l'ombre qui règnait derrière mes paupières.

Mais c'était là une pauvre vie pour un petit Chat noir. Par les nuits de lune je m'échappais et je dansais faiblement devant le mur blanc, pour me repaître de la vue d'une ombre mienne, mince et cornue, à chaque lune plus mince, et encore plus mince, qui semblait fondre..

C'est ainsi que j'échappai au petit Chat blanc. Mais mon évasion est une image confuse. Grimpai-je le long du rayon de lune ? Me cloîtrai-je à jamais derrière mes paupières verrouillées ? Fus-je appelé par l'un des chats magiques qui émergent du fond des miroirs ? Je ne sais. Mais désormais le Chat blanc croit qu'il a perdu son ombre, la cherche, et longuement l'appelle; Mort, je ne goûte pourtant pas le repos, car je doute. Peu à peu s'éloigne de moi la certitude que je fus un vrai chat, et non pas l'ombre, la moitié nocturne, le noir envers du chat blanc.

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:11

 

 

calzolari02

Ce village appartient au Château; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée.
K s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit :
- Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc ici un Château ?
- Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est la Château de monsieur le comte Westwest.
- Il faut avoir un autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
- Il faut avoir une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients :
- A moins qu'on ne puisse s'en passer ?

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:21

saint_saens_ico_e.jpg

 

 

Sur un vieux toit en zingue 

 

Y avait des pussy-cats

Qui dansaient comme des dingues

En f'sant du bruit avec leurs pattes

Alertés, les voisingues

S'écriaient ça n'a rien d'bath

y a d'quoi dev'nir sourdingue

On peux plus travailler ses maths

Le matou du marchand d'volailles

Une sardine en bandouillière

Avait enlacé par la taille

La chatte de la cuisinière

Chacun faisait du gringue

A la siamoise de l'épicier

C'était un vrai dancingue

A tout l'monde ils cassaient les pieds

Au bout d'une demi-plombe

Ecoeurés par ce raffut

Les flics s'amènent en trombe

En faisant tourner leurs massues

Et c'est une hécatombe

Les ardoises volent en éclats

On aurait cru des bombes

Mais y avait déjà plus un chat

Réfugiés au fond d'une cave

Les pussy-cats pas dégonflés

Sirotant d'l'alcool de betterave

S'étaient remis à gambiller

Toute la nuit ils dansèrent

En usant des kilos d'savates

Pour leur anniversaire

La java des pussy-cats

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 14:34

 

 

url-3-copie-2.jpg

 

 

 

{...} Sans doute une association dans le but de se soutenir mutuellement fut-elle faite par les aventuriers; peut-être le brigandage, inextirpable dans les Calabres et dans les Abruzzes, n'est-il qu'une branche de la Camorra.

La Camorra, comme la Sainte-Vehme allemande, a son tribunal invisible qui juge et qui condamne, soit les étrangers qui pourraient lui être nuisibles, soit même ses propres membres qui manquent aux engagements pris lors de l'initiation.
Elle a trois degrés de punition :

- la bastonnata ou bastonnade;

- le sfeggio ou coup de rasoir;

- la coltellata ou coup de couteau.

La bastonnade vous met au lit pour quinze jours.

Le sfeggio vous marque pour la vie.
La coltellata vous tue.

Dans nos vieilles comédies, nous disons, en matière de plaisanterie : "Je te donnerai une volée de coups de bâton", et nous ne la donnons pas;

La plaisanterie des peuples méridionaux est plus lugubre. Ils disent : "Je te donnerai un coup de couteau", et ils le donnent.

A Naples, l'homicide est simplement un geste.
Aussi l'homicide n'est-il jamais puni de mort : le bourreau ruinerait la municipalité.

 

 

Causeries, 14 mars 1862

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:51

url-copie-2.jpg

J.J. Grandville

 

 

 

Un bûcheron, viocard et pauvre comme Job, mais doté d’un battant gros comme un artichmuche, toujours prêt à obliger un plus atteint que lui, arquait difficilement sur un chemin, le dos à l’équerre sous le poids d’au moins un stère de bois dur. Sa régulière lui bonissait plus souvent qu’à son tour :
— Écoute mon Nanard que j’aime, tu m’fais mal au croupion à t’voir turbiner comme ça, puis en plus avec tes bontés on va s’retrouver raides en moins d’deux, ça va pas faire un pli ! Va donc voir un kiné.
Mais l’viocard avec ses carreaux d’cocker et son tarbouif façon rocher d’Gibraltar, lui avait rétorqué dans l’cornet gauche :
— J’suis comme ça ma Nénesse, j’suis rien qu’un pôv bosseur arthrosique et j’pourrai pas y changer grand chose à présent. Esgourde bien mi : on n’a pas d’thunes, c’est acquis, mais au moins on a du palpitant nous autres, c’est d’famille !
Puis sur son chemin, il se mit à cogiter à tout ça, à son extrême pauvreté, les impôts, les charges (URSSAF, CSG, CRDS,…), la marmaille et tout l’toutim. Il essuya son tarin qu’un torrent de larmes avait brusquement ramolli et se souffla à ses pieds : « tiens, si j’me flinguais au Beretta calibre 45 avec silencieux, c’est pas une bonne idée ça ? »
Il appela la mort. C’te vache-là rappliqua sur le champ dans d’horribles ricanements et sans porte-voix pour son porte-pipe elle lui bredouilla dans sa feuille appareillée :
— Tu veux quoi au juste, mon biquet, mmmmm ?
LA MORT ET LE BÛCHERON
— Euh… Rien… Majestouille, c’est moi qui t’ai appelée, t’es sûre ? J’ai rien esgourdé !
— Ben si, tu m’as sonné deux fois l’mironton ! T’es pas un peu loquedu, non, de m’déranger pour des dattes ?
— Oh, j’voulais juste que tu m’files un coup d’paluche pour recharger mon bois, rien de plus, parole ! Y’en a pas pour des s’maines, tu pourras te barrer juste après et vaquer à tes occupes.
— T’es louf ou quoi ? Tu chouraves mon honneur sans vergogne, là, à m’rencarder pour m’faire turbiner après dix-sept heures ! Et les trente-cinq heures hein, espèce de gougnafier sans coeur ! Tu veux pas en prime que j’t’étrangle popol derrière un bosquet tant que t’y es, non ? Tu m’prendrais pas pour une tapineuse, hein dis ?
— Pas la peine, fit l’viocard décomplexé depuis ses noces, j’suis déjà maqué à une ménesse bien en chair qui m’attend à la taule, le pétard en feu et les miches à l’horizontal, alors tu vois…
Et sur ce, la mort se tailla déçue, tandis que le bûcheron, gerbait tout son dèj (une demi biscotte (il était très pauvre) sur son alpague, vert comme une branche de persil, une grande pétoche l’agitant de la bouilloire jusqu’aux nougats.
Moralité : Si tu peux plus aller au bois, chauffe-toi au gaz !

 

Jean-Louis Azencott

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 16:05

code_noir-copie-1.gif

 

 

 

Art. 9. Les hommes libres, qui auront un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront, chacun, condamnés en une amende de 2000 livres de sucre9 ; et s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l’amende, qu’ils soient privés de l’esclave et des enfants ; et qu’elle et eux soient confisquées au profit de l’hôpital,10 sans jamais pouvoir être affranchis ; n’entendons, toutefois, le présent article, avoir lieu, lorsque l’homme libre, qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera, dans les formes observées par l’Eglise, ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les enfants rendus libres, et légitimes.

 

Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:34

      tahitiarrivee-copie-1.jpg 

 

« Et toi, chef des brigands qui t’obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive ; nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d’effacer de nos âmes son caractère. Ici, tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; et tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l’as dit à moi, ce qu’ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi ! Et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât sur une de vos pierres ou sur l’écorce d’un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu’en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu’est-ce que cela fait ? Lorsqu’on t’a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t’es récrié, tu t’es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir !  Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute , le Tahitien, est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu’il n’ait pas sur toi ? Tu es venu, nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? T’avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t’avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi. Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu’y manque-t-il, à ton avis ? Poursuis jusqu’où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s’arrêter, lorsqu’ils n’auraient à obtenir de leurs pénibles efforts que des biens imaginaires. »



Repost 0
Published by Prune Victor - dans REGARDS SUR ...
commenter cet article